Il traversa la salle et son bras étendu désigna au philosophe roux, aux filles et aux adolescents chevelus M. Bance.
— Regardez tous ! hurla-t-il d’une voix tragique qui emplit la brasserie. Voilà le mauvais riche !
M. Bance ne bougea pas. Malabon battit un entrechat démoniaque et reprit :
— Honte à toi ! Mon malheur est sans bornes de par ta férocité cupide ! mais j’ai l’âme pure et le cœur bon, et je te méprise, Nestor Bance !
M. Bance se leva. Malabon était très ivre, mais reconnut pourtant que les yeux de M. Bance, derrière les lunettes, étaient troubles et comme vernis, qu’un sourire insolite tremblait sur ses lèvres et que, pour tenir debout, il dut s’agripper au bord du guéridon, où s’écroula une pile énorme de soucoupes.
M. Bance parla :
— Patapon, tu n’es pas un beau ! articula-t-il difficilement.
— Il est saoul ! cria Malabon, exultant.
— Pourquoi pas ? dit avec douceur M. Bance, Patapon, pourquoi avoir inventé des histoires de dettes et de vieille mère infirme, au lieu de dire : « Bance, je veux être augmenté pour faire la noce ! » Je te prenais pour un pleurard vertueux et résigné. Je te fais mes excuses, Patapon. Tu auras quatre cents francs et tu seras surveillant général. Dis à tes amis les anarchistes de ne pas me faire de mal et ne cherche pas une autre place. J’ai besoin d’un homme de confiance… et qui soit discret… Que veux-tu, on ne peut pas toujours s’ennuyer…
Il y eut un silence.