— Ce n’est pas la peine de nous disputer, murmura M. Tardot. Ça n’arrangera rien. Il n’y a qu’à attendre.
La soirée fut morne. Le lendemain, M. Tardot sortit de bonne heure après le déjeuner et Mme Tardot reprisait seule, tout en roulant des pensées amères quand, après un coup de sonnette, Aline vint annoncer Mme Divelle.
Mme Tardot sursauta. Était-ce ?…
Entra nonchalante, hautaine, suprêmement élégante, une personne exquise et distinguée à l’excès, en qui Mme Tardot, éperdue, reconnut ce petit chameau de Pauline.
— Restez assise, Cécile Tardot, dit Pauline avec un geste protecteur de son face-à-main, et soyez rassurée. J’ai pardonné, j’ai oublié. Je permettrai que mon mari — (M. Divelle le sera dans un mois, j’y ai consenti) — emploie l’architecte Tardot… Je consentirai aussi à recevoir vos visites, de temps à autre, à mon jour. Ne me remerciez pas. La vie m’a vengée de la vie. Je ne pardonne pas, j’abolis. Le passé n’est plus, n’oubliez pas ceci : le passé n’est plus… Adieu.
Elle sortit, lente et royale. Mme Tardot, béante, saisie de joie, tremblante de rage, était restée sur place. Elle sentit qu’elle étoufferait si elle n’avait pas un dérivatif, et elle cria « Aline ! » en s’élançant vers la cuisine.
Mais en face de la petite bonne, en tablier bleu, un sentiment mystérieux, presque superstitieux, domina soudain Mme Tardot encore affolée. Elle songea que Pauline avait été là, pareillement souillon ; elle eut un malaise qui ressemblait à de la peur, et c’est d’une voix presque douce qu’elle conseilla à Aline de mettre sans plus attendre les haricots au feu.
— Plus souvent, Cécile Tardot, répondit Aline avec une grande insolence. Je m’en vais, bien sûr ! Moi aussi je veux des fourrures, et des bijoux, et un millionnaire !…
LE SAUVETEUR
Le château était entouré d’un parc admirable que côtoyait la rivière. Pour revenir, les deux amis en suivirent les bords.