— Voilà, tu as tout vu ! dit Jean Fragel. Penses-tu te plaire ici pendant ta convalescence ?

Vadière eut un sourire heureux sur son visage basané.

— C’est un vrai paradis de verdure et de calme. Ta mère m’a fait l’accueil le plus charmant. Je te suis profondément reconnaissant de m’avoir invité ainsi.

— Quand je pense que nous nous connaissons depuis le collège, que tu es mon meilleur ami et que c’est la première fois que tu viens ici…

— Dame, étant enfant, je passais mes vacances en Sologne. Puis nous nous sommes perdus de vue quand je suis parti aux colonies.

Ils s’étaient assis sur un banc au bord de la rivière. La fumée de leurs cigarettes monta dans l’air calme. Fragel tapotait sa courte barbe blonde.

— Tu as remarqué mon régisseur, hein ? dit-il soudain.

— Oui… naturellement ! J’avoue que je le trouve un peu bizarre, ton… Mareslot… Marestot…

— Marescot. En quoi le trouves-tu bizarre ?

— En tout. Il est familier, autoritaire, trivial. Tout à l’heure, quand il t’a raconté cette histoire d’avoine disparue, il mentait ouvertement et il était ivre à ne pas tenir debout. Je ne comprends pas que tu gardes à ton service un type comme ça.