Elle marcha des heures au hasard des rues. Elle pensait au suicide, elle pensait au divorce, elle pensait à trahir elle-même celui qui l’avait trahie. L’écroulement de son bonheur la torturait. Au soir seulement elle rentra dans son appartement qui lui fit horreur. Elle dîna à peine, elle passa une affreuse nuit, et de bonne heure se leva et s’habilla afin d’être prête à tout événement.

A onze heures il y eut un coup de sonnette et elle tressaillit, mais la femme de chambre vint annoncer M. et Mme Berly. C’étaient le frère et la belle-sœur de Mme Thielle et celle-ci se souvint alors seulement qu’elle devait passer la journée avec eux. Elle eût voulu dissimuler, mais c’était au delà de ses forces, et tout en elle était tragique quand elle les reçut.

— Bonjour, ma petite Thérèse. Eh bien, qu’y a-t-il donc ? Tu as l’air lugubre, dit, en embrassant sa sœur, M. Georges Berly qui était jeune et élégant, Valoral n’est pas encore parti ? J’ai un mot à lui dire.

— Bonjour, ma chère Thérèse, dit Mme Berly, jeune femme à l’air pincé, es-tu souffrante ? Tu n’as pas bonne mine.

Mme Thielle éclata en sanglots :

— Je suis trop malheureuse ! Oui, trop malheureuse. Paul ne m’aime plus ! Il me trahit !

— Paul ! Mais il t’adore ! Tu es folle !

— Naturellement, entre hommes vous vous défendrez toujours ! Regarde ce que j’ai trouvé dans son courrier !

M. Georges Berly prit la lettre que lui tendait sa sœur, tressaillit et devint fort rouge.

— Montre donc, lui cria Mme Berly qui l’observait. Tiens, comme c’est drôle, c’est l’écriture de Cécile, et c’est comme ça qu’elle signe dans l’intimité : Sissy.