— Quelle Cécile ? dit Mme Thielle, haletante.
— Tu ne la connais pas. J’ai été en pension avec elle en Angleterre. Ton mari ne l’a jamais vue… Tandis que Georges la connaît très bien, et elle lui plaît beaucoup… Je m’en doutais déjà ; maintenant, j’en suis sûre ! Ah, c’est trop fort !
Elle se leva et sortit violemment. Mme Thielle resta stupéfaite.
— Tu n’aurais pas pu te taire ? lui dit son frère, furieux. Oui, c’était pour moi la lettre, et ton mari ne sait même pas de qui c’est, ni ce que c’est au juste ! La croix, là, en haut de l’enveloppe, ça veut dire que c’est pour moi. Valoral est prévenu et il me remet les lettres. J’ai demandé cela à Paul, parce que Madeleine est si bêtement jalouse ! Les choses les plus innocentes lui paraissent coupables… Ah, tu as fait du joli, tu peux t’en vanter !
Il s’élança à la suite de sa femme. Mme Thielle resta éperdue de joie. Deux minutes s’étaient à peine écoulées que M. Thielle parut à la porte. Il était poussiéreux, l’angoisse et la fatigue bouleversaient son visage habituellement paisible.
— Thérèse ! cria-t-il, te voilà ! Tu n’as rien ! Mon Dieu, mon Dieu, comme j’ai eu peur ! Mais pourquoi ce télégramme ? Je ne vis plus, depuis hier que je l’ai reçu. Et en bas, qu’est-il arrivé ? Valoral n’est pas là. Les employés ne savent que faire. Le courrier d’hier a disparu. Mon bureau est plein de papiers et de débris, ma pendule cassée ! Avec ça, je viens de croiser ton frère et sa femme qui se disputaient tellement qu’ils ne m’ont même pas vu ! Tout le monde a l’air fou… Quant à l’affaire de Bordeaux, elle est dans l’eau. Mon client est furieux, j’ai tout lâché en recevant cette dépêche… Voyons, ma petite Thérèse, qu’est-ce qui s’est passé ?
— Rien du tout, rien du tout, ça n’a pas d’importance, dit Mme Thielle en se jetant dans ses bras. Tout ça, c’est parce que je t’aime, vois-tu !…
UNE BONNE FORTUNE
— Eh bien, oui, mercredi, à trois heures, chez vous…
— Merci, merci, bégaya Henri Trézal aussi passionnément que la stupeur le lui permit.