Alice s’éloigna vivement de lui. Son mari les rejoignait dans la serre.
Henri Trézal s’en alla peu après, n’ayant pas encore retrouvé ses esprits.
« Alors elle m’aime… alors elle m’aime… », se répétait-il. Ce n’était pas un flirt innocent, c’était sérieux ! Ces avances, que je croyais des coquetteries sans conséquences, c’étaient les témoignages irrésistibles de la passion. Depuis quand m’aime-t-elle ? Il y a sept ans qu’elle est mariée et que je la connais… »
Ici il éprouva un peu de remords anticipé, parce qu’il était, depuis le collège, l’ami intime de Roger Bulac, le mari d’Alice (ce sentiment ne s’implanta pas), et une assez notable inquiétude, parce que Roger Bulac, bon garçon et jovial d’habitude, était fort violent et certainement quatre ou cinq fois plus fort que lui.
Dans son élégant rez-de-chaussée de garçon riche et qui aime ses aises, Trézal, devant une glace, se contempla longuement. Il constata qu’il était beaucoup mieux qu’il ne croyait, et qu’il avait jusque-là méconnu sa vocation mondaine, qui était de séduire. Il revit ensuite Alice, brune, souple et désirable, et se convainquit de l’ardente joie qu’il éprouvait.
Le mercredi vint et, avec lui, à trois heures et demie, Alice.
Elle songeait à se rhabiller, vers la fin de l’après-midi, quand le téléphone, sur la table du boudoir, tinta.
— Je vais répondre, tu vas voir comme je sais changer ma voix ! dit Alice à Trézal, qui la contemplait en extase.
Et elle ajouta, gamine, le menaçant du doigt :
— Si c’est une femme…