Elle se pencha vers l’appareil avant qu’il eût le temps de l’arrêter. Elle écouta. Il la vit devenir blême. Elle répondit deux fois : « Oui, oui » d’une voix rauque, étranglée, méconnaissable, raccrocha le récepteur, si tremblante qu’elle dut s’y reprendre à deux fois, et dit à Trézal :
— C’est mon mari. Il vient ici…
Trézal se dressa, livide.
— Hein ?… Ton mari ?… Ici ?… Il sait ?…
— Non. Il croit qu’il vous a parlé. Il a ri en disant que vous aviez une drôle de voix. Il vient en auto…
— Mais pourquoi n’as-tu pas dit ?…
— Ah ! ne me tutoyez pas, ce n’est pas le moment ! Dire quoi ?… Pour qu’il reconnaisse ma voix, n’est-ce pas ?…
— Il faut que vous partiez à l’instant ! affirma Trézal, qui renouait convulsivement sa cravate.
— En chemise comme je suis, n’est-ce pas ? M’habiller ? (Elle haussa les épaules.) Pour sortir juste au moment où il arrivera ? Pour me trouver nez à nez avec lui dans l’escalier ?… Rien que pour lacer mes bottines il me faut dix minutes…
Trézal eut un coup d’œil de haine vers les hautes tiges de daim gris.