— C’est entendu, mon vieux.

Une dernière poignée de main, solide, pleine de cordialité, et, la porte refermée derrière Bulac, Henri Trézal revint vers le boudoir, rayonnant.

— Eh bien ! cria-t-il en entrant, ça y est ! Il est parti ! Il ne se doute de rien !…

Il s’interrompit. Alice, qui s’habillait violemment, tournait vers lui une face blanche, décomposée par la colère.

— Assez ! Oh ! assez, n’est-ce pas ? siffla-t-elle entre ses dents serrées. Il ne se doute de rien !… Ah ! vraiment, il ne se doute de rien !… Et c’est cela que vous osez venir me dire après que…

— Vous avez entendu ? balbutia Trézal stupéfait de sa fureur.

— Naturellement ! Est-ce que vous me croyez assez bête pour ne pas écouter ce qu’il avait à vous dire ? Ah ! le misérable, le misérable !… Me tromper !… Chez moi !… Séduire la gouvernante de ma fille ! Obtenir un rendez-vous de cette gueuse et venir vous emprunter votre appartement pour la recevoir ! Ça, c’est le comble ! Vraiment, c’est le comble ! Et vous, vous trouvez ça très bien ! Vous dites oui ! C’est du joli ! Ah ! c’est du joli !

— Mais je ne pouvais pas dire non, gémit Trézal. Il l’a fait pour moi dans le temps, quand j’habitais avec ma famille et que lui habitait seul… Et moi aussi je l’ai fait déjà… Si j’avais refusé cette fois-ci, il n’aurait pas compris…

Il sentit qu’il s’enferrait et s’arrêta.

— Très bien ! On ne peut mieux ! cria Alice, qui se poudrait à coups de poing. Alors, ce n’est pas la première fois ! Alors il a l’habitude de me tromper ! Et cette sale petite grue de Constance avec son air sainte-nitouche !… Moi qui la traitais comme une amie. Ah ! mais, ça ne se passera pas comme ça !…