Il revint un soir d’été, sans prévenir, vers l’heure du dîner. Il sonna et une bonne l’introduisit dans le petit appartement des Ternes que sa femme n’avait pas quitté.
— C’est moi, dit-il, gêné.
Ils se regardaient. Elle avait engraissé, elle avait des mèches grises et semblait plus majestueuse. Il avait laissé pousser sa barbe et était un peu chauve.
— Pourquoi êtes-vous parti ? Pourquoi ? demanda-t-elle enfin.
— Eh bien, voilà… Le soir de la réunion… vous savez… Il y a… mon Dieu… il y a treize ans… Je m’étais mis en retard… On m’avait entraîné au café… Chandon, Duparc… et ce pauvre Gelvet qui est mort… Alors… je m’étais mis en retard… et… et je n’ai pas osé rentrer… Vous étiez si vive, n’est-ce pas ?… Et le lendemain non plus… Et ainsi de suite… J’ai quitté ma place… J’ai pris mon argent à la banque… J’ai voyagé… Dame, il fallait bien m’occuper… J’ai placé du vin… et puis de l’huile… et puis du savon… Alors voilà… Alors voilà… Trois ou quatre fois je suis venu rôder par ici, voir vos fenêtres… Et puis Duparc me donnait de vos nouvelles… Si vous aviez été malade, je serais revenu, mais, Dieu merci, vous allez bien…
— Mais enfin… mais enfin pourquoi n’avoir pas divorcé si vous ne pouviez plus me supporter ? demanda-t-elle avec amertume.
— Mais je ne voulais pas divorcer ! répondit-il, surpris.
— Et pourquoi revenir ce soir ?
Il baissa la tête et dit la vérité :
— Je ne sais pas…