Une marche hardie du général Vitterez à la tête de sa brigade, décida du succès de la journée. Ce général réussit à tourner la ligne de bataille des Bosniaques, et il surprit leurs réserves qui, se croyant en sûreté, préparaient tranquillement le repas du soir. L’effet des obus lancés par les pièces de montagne au milieu du campement fut terrifiant ; les Bosniaques prirent la fuite ; mais beaucoup n’échappèrent point aux feux de salve des fusils Werndl. Des canons, un matériel considérable (toutes les tentes et objets de campement), ainsi qu’un drapeau et 150 prisonniers restèrent entre les mains des vainqueurs. Lorsque les autres troupes bosniaques apprirent ce qui se passait, elles eurent la crainte, très justifiée d’ailleurs, d’être coupées et se retirèrent en toute hâte sur Sérajewo.

La fatigue extrême des Autrichiens qui se battaient depuis trois jours ne leur permit pas de poursuivre l’ennemi jusque sous les murs de la ville, malgré tout le désir très ardent du général et de l’armée entière de fêter, à Sérajewo même, l’anniversaire impérial.

Afin de consoler ses braves, François-Joseph eut la délicate attention d’adresser au général en chef un télégramme le remerciant, ainsi que toutes les troupes, « du beau cadeau d’anniversaire qu’ils lui avaient offert », en remportant les victoires de Han-Belovac, de Stina et de Kanaï. La fête de l’empereur fut célébrée dans les bivouacs avec tout l’éclat militaire, Te Deum en plein air, revue d’honneur, grand banquet offert par le général en chef aux officiers supérieurs, distribution de vin aux soldats, etc.

Cette journée de fête servit en même temps de journée de repos, car, dès le lendemain, les marches forcées allaient recommencer.

La prise rapide de Sérajewo s’imposait en raison des circonstances ; et c’est surtout au point de vue moral qu’il importait à l’armée impériale de faire flotter son drapeau sur la citadelle.

Le tableau s’assombrissait de plus en plus dans les deux provinces et l’œuvre de la pacification devenait très dure. La soumission rapide de Mostar, où le général Joanovich s’efforçait d’installer une bonne administration locale et de rassurer les mahométans sur ses intentions à l’égard de leur culte et de leurs mœurs, ne servit pas d’exemple au reste de l’Herzégovine. Des bandes armées se montraient de tous côtés et les détachements autrichiens envoyés pour prendre possession de différents points, se heurtaient partout à la plus vive résistance. Malheur aux patrouilles isolées, aux petits groupes qui s’engageaient dans cette contrée sauvage ! Ils étaient surpris et massacrés sur-le-champ.

Ici les mahométans n’étaient pas à craindre seulement ; le Monténégro accentuait son attitude hostile à l’empire austro-hongrois ; on colportait des ordres de résistance attribués au prince Nikita, et à son principal conseiller, le sénateur Pelkovitsch.

La Serbie, poussée par la Russie, élevait de nouveau des prétentions sur la Bosnie, et l’envoi d’un corps d’observation de 10,000 hommes sur la Drina avait causé de vives inquiétudes à Budapesth. Les catholiques, de leur côté, avaient fondé, sur l’occupation, des espérances ultramontaines que les instructions tolérantes du général Joanovich ne satisfaisaient nullement.

Les velléités de résistance furent encouragées par un coup de main heureux, exécuté par une bande d’Herzégoviens, près de Stolac. Les Autrichiens y perdirent plus de 160 hommes, et la garnison de cette petite place fut sérieusement menacée. Le général Joanovich dut expédier une forte colonne de troupes, pour dégager cette garnison et rétablir les communications avec Mostar. En même temps, à l’autre extrémité du territoire occupé, sur les derrières de l’armée et à proximité de la frontière croate, des milliers de musulmans pénétraient dans la ville de Banjaluka, en chassaient les habitants chrétiens et se fusillaient pendant plusieurs heures avec les troupes massées devant la caserne et devant l’hôpital, où les blessés coururent les plus grands dangers.

Il fallut envoyer une batterie d’artillerie pour chasser les assaillants qui ne se retirèrent qu’après avoir couvert les ruelles de la ville de cadavres. Le lendemain, de nouvelles bandes s’introduisaient dans la ville, et mettaient le feu au quartier chrétien. Il fallut encore les déloger à coups de canon. Enfin à Doboy, sur la ligne d’étape de l’armée autrichienne, le général Szapary et sa division se trouvaient dans la situation la plus critique. Le chef réclamait avec insistance des renforts. Le gouvernement impérial et royal prit alors des décisions conformes aux événements.