Madame de Limagne
Fait danser les Chevaux-Frus;
Elle leur donne des châtaignes,
Ils disent qu’ils n’en veulent plus;
Et danse, ô gueux! Et danse, ô gueux!
Madame de Limagne
Fait danser les Chevaux-Frus.

Cette résurrection du passé provençal, avec ses vieilles joies naïves
(et surannées, hélas !), nous impressionna vivement, comme vous
pourriez le voir au chant dixième de Calendal, où elles sont
décrites, telles que nous les vîmes.

Or, figurez-vous qu’à Aix, quelques mois seulement après mon arrivée,
faisant ma promenade une après-midi sur le Cours, oh! charmante
surprise, je vis se profiler, près de la Fontaine-Chaude, le nez de
mon ami Anselme Mathieu, de Châteauneuf.

-- Ça n’est pas une blague, me fit Mathieu en me voyant, avec son
flegme habituel; cette eau, mon cher, est vraiment chaude, et c’est
bien le cas de dire : "Celle-là fume."

-- Mais depuis quand à Aix? lui dis-je en lui serrant la main.

-- Depuis, fit-il, attends..., depuis avant-hier au soir.

-- Et quel bon vent t’amène?

-- Ma foi, répondit-il, je me suis dît : Puisque Mistral est allé
faire à Aix son droit, il faut y aller aussi et tu feras le tien."

-- C’est bien pensé, lui dis-je, et tu peux croire, Anselme, que j’en
suis ravi, sais-tu? Mais as-tu passé bachelier?

-- Oui, dit-il en riant, j’ai passé, comme la piquette sur le marc de
vendange.