-- Moi je dédie, fit Aubanel, le nom de félibresse aux dames qui
chanteront en langue de Provence.

-- Moi, je trouve, dit Brunet, que le mot félibrillon siérait aux
enfants des félibres.

-- Moi, dit Mistral, je clos par ce mot national: félibrige,
félibrige
! qui désignera l’oeuvre et l’association.

Et, alors, Glaup reprit:

-- Ce n’est pas tout, collègues! nous sommes les félibres de la
loi... Mais, la Loi, qui la fait?

-- Moi, dis-je, et je vous jure que, devrais-je y mettre vingt ans de
ma vie, je veux, pour faire voir que notre langue est une langue,
rédiger les articles de loi qui la régissent.

Drôle de chose! elle a l’air d’un conte et, pourtant, c’est de là, de
cet engagement pris un jour de fête, un jour de poésie et d’ivresse
idéale, que sortit cette énorme et
absorbante tâche du Trésor du Félibrige ou dictionnaire de la
langue provençale, où se sont fondus vingt ans d’une carrière de
poète.

Et qui en douterait n’aura qu’à lire le prologue de Glaup (P. Giéra)
dans l’Almanach Provençal de 1885, où cela est clairement consigné
comme suit:

"Quand nous aurons toute prête la Loi qu’un félibre prépare et qui
dit, beaucoup mieux que vous ne sauriez le croire, pourquoi ceci,
pourquoi cela, les opposants devront se taire."

C’est dans cette séance, mémorable à juste titre et passée,
aujourd’hui, à l’état de légende, qu’on décida la publication, sous
forme d’almanach, d’un petit recueil annuel qui serait le fanion de
notre poésie, l’étendard de notre idée, le trait d’union entre
félibres, la communication du Félibrige avec le peuple.