-- Tes frères, c’est impossible, car ils ont désobéi mon
commandement; mais ta mère, peut-être, si tu peux, avant sa mort, lui
faire faire trois charités.
Et Espérit se réveilla. L’ange avait disparu. Il eut beau l’attendre,
le chercher, le demander, il ne le retrouva plus et il dut tout seul
s’en retourner à Rome.
Il se dirigea donc vers le rivage de la mer, ramassa des coquillages,
en garnit son habit ainsi que son chapeau, et de là, lentement, par
voies et par chemins, par vallées et par montagnes, il regagna le
pays en mendiant et en priant.
III
C’est ainsi qu’il arriva dans son endroit et à sa maison.
Il en manquait depuis deux ans. Amaigri et chétif, hâlé, poudreux, en
haillons, les pieds nus, avec sa petite gourde au bout de son
bourdon, son chapelet et ses coquilles, il était méconnaissable.
Personne ne le reconnut, et il s’en vint tout droit au logis paternel
et dit doucement à la porte:
-- Au pauvre pèlerin, au nom de Dieu, faites l’aumône!
-- Ho! sa mère cria, vous êtes ennuyeux! Tous les jours il en passe,
de ces garnements, de ces vagabonds, de ces truandailles.
-- Hélas! épouse, fit au fond de son lit le bon vieil Archimbaud,
donne-lui quelque chose: qui sait si notre fils n’est pas à cette
même heure dans le même besoin!
Et, ma foi, en grommelant, la femme coupa un croûton et l’alla porter
au pauvre. Le lendemain, le pèlerin retourne encore à la porte de la
maison paternelle en disant: