-- Au nom de Dieu, maîtresse, faites un peu d’aumône au pauvre
pèlerin.
-- Vous êtes encore là! cria la vieille, vous savez bien qu’hier on
vous donna; ces gloutons mangeraient tout le bien du Chapitre!
-- Hélas! épouse, dit Archimbaud le bon vieillard, hier as-tu pas
mangé? et aujourd’hui toi-même ne manges-tu pas encore? Qui sait si
notre fils ne se trouve pas aussi dans la même misère!
Et voilà que l’épouse, attendrie de nouveau, va couper un autre
croûton et le porte encore au pauvre.
Le lendemain enfin, Espérit revient à la porte de ses gens et dit:
-- Au nom de Dieu, ne pourriez-vous pas, maîtresse, donner
l’hospitalité au pauvre pèlerin?
-- Nenni, cria la dure vieille, allez-vous-en coucher où l’on loge
les gueux!
-- Hélas! épouse, dit le bon vieil Archimbaud, donne-lui
l’hospitalité: qui sait si notre enfant, notre pauvre Espérit, n’est
pas errant, à cette heure, à la rigueur du mauvais temps!
-- Oui, tu as raison, dit la mère, et elle alla aussitôt ouvrir la
porte de l'étable et le pauvre Espérit, sur la paille, derrière les
bêtes, alla se gîter dans un coin.
Au petit jour, le lendemain, la mère d’Espérit, les frères d’Espérit
viennent pour ouvrir l’étable... L’étable, mes amis, était tout
illuminée: le pèlerin était mort, était roidi et blanc, entre quatre
grands cierges qui brûlaient autour de lui; la paille où il gisait
était étincelante; les toiles d’araignées, luisantes de rayons,
pendaient là-haut des poutres, telles que les courtines d’une
chapelle ardente; les bêtes de l’étable, les mulets et les boeufs,
chauvissaient effarés avec de grands yeux pleins de larmes; un parfum
de, violette embaumait l’écurie; et le pauvre pèlerin, la face
glorieuse, tenait dans ses mains jointes un papier où était écrit:
"Je suis votre fils."