Et voilà le sacripant qui, de son baluchon, tire son maillet, son
ciseau, et pan! d’un coup, à la grenouille il fait sauter une patte.
On dit que l’eau bénite, comme teinte de sang, devînt rouge soudain,
et la vasque du bénitier, depuis lors, est restée rougeâtre.

(Almanach Provençal de 1890.)

LA MONTELAISE

I

Une fois, à Monteux, qui est l’endroit du grand saint Gent et de
Nicolas Saboly, il y avait une fillette blonde comme l’or. On lui
disait Rose. C’était la fille d’un cafetier. Et, comme elle était
sage et qu’elle chantait comme un ange, le curé de Monteux l’avait
mise à la tête des choristes de son église.

Voici que, pour la Saint-Gent, fête patronale de Monteux, le père de
Rose avait loué un chanteur.

Le chanteur, qui était jeune, tomba amoureux de la blondine; la
blondine, ma foi, devint amoureuse aussi. Puis, un beau jour, les
deux enfants, sans tant aller chercher, se marièrent; la petite Rose
fut Mme Bordas.

Adieu, Monteux! Ils partirent ensemble. Ah! que c’était charmant,
libres comme l’air et jeunes comme l’eau, de n’avoir aucun souci, que
de vivre en plein amour et chanter pour gagner sa vie!

La belle première fête où Rose chanta, ce fut pour sainte Agathe, la
vote des Maillanais.

Je m’en souviens comme si c’était hier.