Jésus prend un morceau de fer, le jette dans la forge, souffle,
attise le feu; et quand le fer est rouge, rouge et incandescent, il
va le prendre avec la main.

-- Aïe! mon pauvre nigaud! le premier compagnon lui crie, tu vas te
roussir les doigts!

-- N'ayez pas peur, répond Jésus, grâce à Dieu, dans notre pays, nous
n'avons pas besoin de tenailles. Et le petit ouvrier saisit avec la
main le fer rougi à blanc, le porte sur l'enclume et avec son
martelet, pif! paf! patati! patata! en un clin d'oeil l'étire,
l'aplatit, l'arrondit et l'étampe si bien qu'on le dirait moulé.

-- Oh! moi aussi, fit maître Éloi, si je voulais bien.

Il prend donc un morceau de fer, le jette dans la forge, souffle,
attise le feu; et quand le fer est rouge, il vient pour le saisir
comme son apprenti et l'apporter à l'enclume... Mais il se brûle les
doigts: il a beau se hâter, beau faire son dur à cuire, il lui faut
lâcher prise pour courir aux tenailles. Le fer de cheval cependant
froidit... Et allons, pif! et paf! quelques étincelles jaillissent...
Ah! pauvre maître Éloi! il eut beau frapper, se mettre tout en nage,
il ne put parvenir à l'achever dans une chaude.

-- Mais chut! fit l'apprenti, il m'a semblé ouïr le galop d'un
cheval...

Maître Éloi aussitôt se carre sur la porte et voit un cavalier, un
superbe cavalier qui s'arrête devant la boutique. Or c'était saint
Martin.

-- Je viens de loin, dit celui-ci, mon cheval a perdu une couple de
fers et il me tardait fort de trouver un maréchal.

Maître Éloi se rengorge, et lui parle en ces termes:

-- Seigneur, en vérité, vous ne pouviez mieux rencontrer. Vous êtes
chez le premier forgeron de Limousin, de Limousin et de France, qui
peut se dire maître au-dessus de tous les maîtres et qui forge un fer
en deux chaudes... Petit, va tenir le pied.