Mais dépités et dédaigneux, nous, tels que des apôtres qui ont été
méconnus, en resserrant nos ceintures nous secouâmes sur Méthamis la
poussière de nos souliers et nous reprîmes clopin-clopant la descente
de la Nesque.
-- Eh bien! mon vaillant Pierre, disait Aubanel à Grivolas, tu vois
que les soldats du Pape sont encore bons à quelque chose?
-- Je ne dis pas, mais à Venasque, répondait notre artiste en se
léchant la barbe, si nous tombions sur un monceau de lapins, de
poulets, de levrauts et de dindes, comme à la fête de Montbrun, il me
semble que tout à l’heure, mes amis, nous y taperions.
Hélas! les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas. A Venasque,
l’aubergiste, charron de son métier, nous fit souper, l’animal, avec
un épais ragoût de pommes de terre au plat, rissolées dans de l’huile
infecte, que nous ne pûmes avaler.
Non content de cela, le pendard nous fit coucher sur une pile de bois
d’yeuse, avec, pour matelas, quelques fourchées de paille qui, dans
la nuit, s’éparpillèrent, et, à cause des bûches anguleuses et
noueuses qui nous entraient dans le dos, nous ne pûmes fermer l'oeil.
Bref, les habits fripés, les chaussures trouées, le visage hâlé, mais
allègres, mais pleins de la saveur de la Provence, nous revînmes à
travers une croupe de montagnes pelées qui a pour nom la Barbarenque,
en passant par Vaucluse, l'abbaye de Sénanque, Gordes et le Calavon
(non sans autres aventures dont le récit serait trop long), nous
revînmes de là aux plaines d'Avignon.
CHAPITRE XVIII
LA RIBOTE DE TRINQUETAILLE
Alphonse Daudet dans sa jeunesse. -- La descente en Arles. -- La
Roquette et les Roquettières. -- Le patron Gafet. -- Le souper chez
Le Counënc. -- Les chansons de table. -- Le registre du cabaret. --
Le pont de bateaux. -- La noce arlésienne. -- Le spectre des
Aliscamps. -- Une lettre de Daudet pendant le siège de Paris.
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