-- C'est de là, tron de l'air! que nous jetâmes au Rhône le cadavre
de Brune, oui, du maréchal Brune! Et que cela serve d'exemple aux
Franchimands et Allobroges qui reviendraient nous embêter!

II

Donc, un jour de septembre, je reçus à Maillane une petite lettre du
camarade Daudet, une de ces lettres menues comme feuille de persil,
bien connues de ses amis, et dans laquelle il me disait:

"Mon Frédéric, demain mercredi, je partirai de Fontvieille pour venir
à ta rencontre jusqu'à Saint-Gabriel. Mathieu et Grivolas viendront
nous y rejoindre par le chemin de Tarascon. Le rendez-vous est à la
buvette, où nous t'attendons vers les neuf heures ou neuf heures et
demie. Et là, chez Sarrasine, la belle hôtesse du quartier, ayant
ensemble bu un coup, nous partirons à pied pour Arles. Ne manque pas!
Ton

Chaperon Rouge."

Et, au jour dit, entre huit et neuf heures, nous nous trouvâmes tous
à Saint-Gabriel, au pied de la chapelle qui garde la montagne. Chez
Sarrasine, nous croquâmes une cerise à l'eau-de-vie, et en avant sur
la route blanche.

Nous demandâmes au cantonnier:

-- Avons-nous une longue traite, pour arriver d'ici à Arles?

-- Quand vous serez, nous répondit-il, droit à la Tombe de Roland,
vous en aurez encore pour deux heures.

-- Et où est cette tombe?