"-— Ho! nigaudes, nous disaient-ils, vous ne voyez donc pas que ce
sont là des contes de mère-grand l’aveugle! N’ayez pas peur, venez,
nous vous tiendrons compagnie.

"Et c’est ainsi que nous sortîmes et, peu à peu, ma foi, en causant
avec les gars, —- les garçons de cet âge, tu sais, n’ont pas de bon
sens, ils ne disent que des bêtises et vous font rire par foroe, —-
peu à peu, peu à peu, nous n’eûmes plus de peur... Et depuis lors, te
dis-je, je n’ai plus ouï parler de ces hantises de nuit.

"Depuis lors, il est vrai, nous avons eu assez d’ouvrage pour nous
ôter l’ennui. Telle que tu me vois, j’ai eu, moi, onze enfants, que
j’ai tous menés à bien, et, sans compter les miens, j’en ai nourri
quatorze!

"Ah! va, quand on n’est pas riche et qu’on a tant de marmaille, qu’il
faut emmailloter, bercer, allaiter, ébréner, c’est un joli son de
musette!"

-- Allons, tante Renaude, le bon Dieu vous maintienne.

-- Oh! à présent, nous sommes mûrs; il viendra nous cueillir quand il
voudra.

Et, avec son mouchoir, la vieille se chassa les mouches; et,
abaissant la tête, elle se reblottit tranquille pour boire son
soleil.

CHAPITRE IV

L’ÉCOLE BUISSONNIÈRE

Vagabondage par les champs. — Les bestioles du bon Dieu. — La vieille
de Papeligosse. -- Les bohémiens. — Le tonneau du loup : rêve.