Colimaçon borgne,
Montre-moi tes cornes,
Ou j’appelle le forgeron
Pour qu’il te brise ta maison.
Et encore la maison, et toujours la maison, où l’esprit revient sans
cesse, tellement qu’à la fin, quand vous avez gâté assez de nids, -—
et de culottes, -— quand vous avez avec de l’orge, fait assez de
chalumeaux et assez décortiqué de brindilles de saule pour fabriquer
des sifflets, et qu’avec des pommes vertes ou tout autre fruit suret
vous avez agacé vos dents, aïe! la nostalgie vous prend, le coeur
vous devient gros -— et vous rentrez, la tête basse.
Moi, comme les copains, en provençal de race que j’étais ou devais
être (ne vous en étonnez pas), au bout de trois mois à peine que
j’étais à l’école, je fis aussi mon plantié. Et en voici le motif :
Trois ou quatre galopins (de ceux qui, sous prétexte d’aller couper
de l’herbe ou ramasser du crottin, vagabondaient tout le jour)
venaient m’attendre à mon départ pour l’école de Maillane et me
disaient :
-- Eh, nigaud I que veux-tu aller faire à l’école, pour rester tout
le jour entre quatre murs! pour être mis en pénitence! pour avoir sur
les doigts, puis, des coups de férule! Viens jouer avec nous...
Hélas I l’eau claire riait dans les ruisseaux; là-haut, chantaient
les alouettes; les bleuets, les glaïeuls, les coquelicots, les
nielles, fleurissaient au soleil dans les blés verdoyants...
Et je disais :
-- L’école, eh bien! tu iras demain.
Et, alors, dans les cours d’eau, avec culottes retroussées, houp! on
allait "guéer". Nous barbotions, nous pataugions, nous pêchions des
têtards, nous faisions des pâtés, pif! paf!
avec la vase; puis, on se barbouillait de limon noir jusqu’à
mi-jambes (pour se faire des bottes). Et après, dans la poussière de
quelque chemin creux, vite! à bride abattue :
Les soldats s’en vont!
A la guerre ils vont,
Et ra-pa-ta-plan,
Garez-vous devant!