Quel bonheur, mon Dieu! Oh! les enfants du roi n’étaient pas nos
cousins! Sans compter qu’avec le pain et la pitance de mon bissac, on
faisait sur l’herbe, ensuite, un beau petit goûter... Mais il faut
que tout finisse!

Voici qu’un jour mon père, que le maître d’école avait dû prévenir,
me dit :

-— Écoute, Frédéric, s’il t’arrive encore une fois de manquer l’école
pour aller patauger dans les fossés, vois, rappelle-toi ceci : je te
brise une verge de saule sur le dos...

Trois jours après, par étourderie, je manquai encore la classe et je
retournai "guéer".

M’avait-il épié, ou est-ce le hasard qui l’amena? Voilà que, sans
culotte, pendant qu’avec les autres polissons habituels nous
gambadions encore dans l’eau, soudain, à trente pas de moi, je vois
apparaître mon père. Mon sang ne fit qu’un tour.

Mon père s’arrêta et me cria :

-— Cela va bien... Tu sais ce que je t’ai promis? Va, je t’attends ce
soir.

Rien de plus, et il s’en alla.

Mon seigneur père, bon comme le pain bénit, ne m’avait jamais donné
une chiquenaude; mais il avait la voix haute, le verbe rude, et je le
craignais comme le feu.

"Ah! me dis-je, cette fois, cette fois, ton père te tue... Sûrement,
il doit être allé préparer la verge."