-— En ce cas, me répliqua la vilaine vieille d’un ton grognon,
assieds-toi sur l’escalier pour ne pas user mes chaises.
Et je me pelotonnai sur la première marche.
-— Ma grand, comment s’appelle ce pays?
-— Papeligosse.
-— Papeligosse!
Vous savez que, lorsqu’on parle aux enfants d’un pays lointain, les
gens, pour badiner, disent, parfois : Papeligosse. Jugez donc, à
cet âge-là, moi je croyais à Papeligosse, à Zibe-Zoube, à Gafe-1’Ase
et autres pays fantastiques, comme à mon saint pater. Et aussi, à
peine la vieille eut-elle dit ce nom que, de me voir si loin de chez
moi, la sueur froide me vint dans le dos.
-— Ah çà! me fit la vieille, quand elle eut fini sa besogne, à
présent ce n’est pas le tout, petit : en ce pays-ci, les paresseux ne
mangent rien..., et, si tu veux ta part de soupe, tu entends, il faut
la gagner.
-— Bien volontiers... Et que faut-il faire?
-— Nous allons nous mettre tous deux, vois-tu, au pied de l’escalier
et nous jouerons au saut; celui qui sautera le plus loin, mon ami,
aura sa part du bon potage... et l’autre mangera des yeux.
-— Je veux bien.