Et, effectivement, en un coin de la masure, se trouvait par hasard un
tonneau défoncé ou, sans doute à la vendange, les maîtres de la vigne
devaient faire cuver le moût.
On m’attrape par le derrière et, paf! dans le tonneau. Me voilà donc
tout seul en pleine nuit, dans un tonneau, au fond d’une chaumière en
ruine!
Je m’y blottis, pauvret! comme un Peloton de fil et, tout en
attendant l’aube, je priais à voix basse pour éloigner les mauvais
esprits.
Mais figurez-vous que soudain j’entends, dans l’obscurité, quelque
chose qui rôdait, qui s’ébrouait, autour de ma tonne!
Je retiens mon haleine comme si j’étais mort, en me recommandant à
Dieu et à la grande Sainte Vierge... Et j’entendais tourner et
retourner autour de moi, flairer et sabouler, puis s’en aller, puis
revenir... Que diable est-ce là encore? Mon coeur battait et
bruissait comme une horloge.
Pour en finir, le jour commençait à blanchir et le piétinement qui
m’effrayait s’étant éloigné un peu, je veux, tout doucement, épier
par la bonde, et que vois-je? Un loup, mes bons amis, comme un petit
âne! Un loup énorme avec deux yeux qui brillaient comme deux
chandelles!
Il était, parait-il, venu à l’odeur de l’agneau, et, n’ayant trouvé
que les os, ma tendre chair d’enfant et de chrétien lui faisait
envie.
Et, chose singulière, une fois que je vis ce dont il s’agissait,
n’est-il pas vrai que mon sang se calma légèrement! J’avais tellement
craint quelque apparition nocturne que la vue du loup lui-même me
rendit du courage.
--Ah çà! dis-je, ce n’est pas tout : si cette bête vient a
s’apercevoir que la tonne est défoncée, elle va sauter dedans et,
d’un coup de dent, elle t’étrangle... Si tu pouvais trouver quelque
stratagème...
A un mouvement que je fis, le loup, qui l’entendit, revint d’un bond
vers le tonneau, et le voilà qui tourne autour et qui fouette les
douves avec sa longue queue. Je passe ma menotte, doucement, par la
bonde, je saisis la queue, je la tire en dedans et je l’empoigne des
deux mains.