Le loup, comme s’il eût eu les cinq cents diables à ses trousses,
part, traînant le tonneau, à travers cultures, à travers cailloux, à
travers vignobles. Nous dûmes rouler ensemble toutes les montées et
descentes d’Eyragues, de Lagoy et de Bourbourel.
-- Aïe! mon Dieu! Jésus! Marie! Jésus, Marie, Joseph ! pleurais-je
ainsi, qui sait où le loup t’emportera! Et, si le tonneau s’effondre,
il te saignera, il te mangera...
Mais, tout à coup, patatras! le tonneau se crève, la queue
m’échappe... Je vis au loin, bien loin, mon loup qui galopait, et,
regardez les choses, je me retrouvai au Pont-Neuf, sur la route qui
va de Maillane à Saint-Remy, à un quart d’heure de notre Mas. La
barrique, sans doute, avait frappé du ventre au parapet du pont et
s’y était rompue.
Pas nécessaire de vous dire qu’avec de telles émotions la verge
paternelle ne me faisait plus guère peur. En courant comme si j’avais
encore le loup à ma poursuite, je m'en revins à la maison.
Derrière le Mas, le long du chemin, mon père émottait un labour. Il
se redressa en riant sur le manche de sa massue et me dit :
-- Ah! mon gaillard, cours vite auprès de ta mère qui pas dormi de la
nuit.
Auprès de ma mère, je courus...
Point par point, à mes parents, je racontai tout chaud mes belles
aventures. Mais, arrivé à l’histoire des voleurs, du tonneau ainsi
que du gros loup :
-- Eh! badaud, me dirent-ils, ne vois-tu pas que c’est la peur qui
t’a fait rêver tout cela!
Et j'eu beau dire et affirmer et soutenir obstinément que rien
n’était plus vrain. Ce fut en vain Personne ne voulut y ajouter foi.