"Tu iras, me dis-je, frapper à la porte du couvent; tu prieras, tu
pleureras, jusqu’à ce qu’on veuille te recevoir; puis, une fois reçu,
tu vas, comme un bienheureux, te promener tout le jour sous les
arbres de la forêt, et, te plongeant dans l’amour de Dieu, tu te
sanctifieras comme fit le bon saint Gent."

Ce ressouvenir de saint Gent, dont la légende me hantait, sur le coup
m’arrêta.

"Et ta mère, me dis-je, à laquelle, misérable, tu n’as pas dit adieu,
et qui, en apprenant que tu as disparu, va être au désespoir et, par
monts et par vaux, te cherchera, la pauvre femme, en criant, désolée
comme la mère de saint Gent.!"

Et alors, tournant bride, le coeur gros, hésitant, je gagnai vers
Maillane, autant dire pour embrasser, avant de fuir le monde, mes
parents encore une fois; mais, à mesure que j’avançais vers la maison
paternelle, voilà, pauvre petit, que mes projets de cénobite et mes
fières résolutions fondaient dans l’émotion de mon amour filial comme
un peloton de neige à un feu de cheminée; et lorsque, au seuil du
Mas, j’arrivai sur le tard et que ma mère, étonnée de me voir tomber
là, me dit :

-- Mais pourquoi donc as-tu quitté le pensionnat avant d’être aux
vacances?

-- Je languissais, fis-je en pleurant, tout honteux de ma fugue, et
je ne veux plus y aller, chez ce gros monsieur Millet.

-- où l’on ne mange que des carottes!

Le lendemain, on me fit reconduire, par notre berger Rouquet, dans ma
geôle abhorrée, en me promettant, cependant, de m’en libérer bientôt,
après les vacances.

CHAPITRE VII

CHEZ M. DUPUY