Et, dare-dare pleins d’ardeur, nous nous mîmes à l’oeuvre; à coups de
dictionnaire, le grimoire latin fut épluché; puis à l’heure sonnante,
notre vieux priseur de tabac ramassa les versions de tous et nous
ouvrit la porte en disant :
-- A demain!
Ce fut la première épreuve.
Messieurs les écoliers s’éparpillèrent par la ville et je me trouvai
seul, avec mon petit paquet et mon bâton de vigne en main, sur le
pavé de Nîmes, à bayer autour des Arènes et de la Maison-Carrée.
"Il faut pourtant, me dis-je, penser à se loger", et je me mis en
quête d’une auberge pas trop chère, mais néanmoins sortable; et,
comme j’avais le temps, je fis dix fois peut-être, en guignant les
enseignes, le tour de la ville de Nîmes. Mais les hôtels, avec leurs
larbins en habit noir, qui, de cinquante pas, avalent l’air de me
toiser, et les salamalecs et façons du grand monde, tout cela me
tenait en crainte.
Comme je passais au faubourg, j’aperçus une enseigne avec cette
inscription : Au Petit Saint-Jean.
Ce Petit Saint-Jean me remplit d’aise. Il me sembla soudain être en
pays de connaissance. Saint-Jean est, en effet, un saint qui paraît
de chez nous. Saint Jean amène la moisson, nous avons les feux de
Saint-Jean, il y a l’herbe de Saint-Jean, les pommes de Saint-Jean...
Et j’entrai au Petit Saint-Jean... J’avais deviné juste.
Dans la cour de l’auberge, il y avait des charrettes bâchées, des
camions dételés et des groupes de Provençales qui babillaient et
riaient. Je me glissai dans la salle et m’assis à table.
La salle était déjà pleine, et la grande table aussi, rien que des
jardiniers : maraîchers de Saint-Rémy, de Château-Renard, de
Barbentane, qui se connaissaient tous, car ils venaient au marché une
fois par semaine. Et de quoi parlait-on? Rien que du jardinage.
-- O Bénézet, combien as-tu vendu tes aubergines?