IV.—DIEU

A) Existence de Dieu.—Leibniz aborde ce problème avec le même esprit religieux que l'on trouve dans Platon au dixième livre des Lois: l'existence de Dieu lui paraît indiscutable; «son évidence, dit-il, égale, si je ne me trompe, celle des démonstrations mathématiques[235]». Il croit, d'autre part, «que presque tous les moyens qu'on a employés pour prouver l'existence de Dieu sont bons» et peuvent servir, pourvu qu'on les «perfectionne[236]»; et c'est à cet achèvement de l'œuvre des siècles qu'il essaie de concourir.

[Note 235: LEIBNIZ, N. Essais, p. 373b, 1.]

[Note 236: LEIBNIZ, N. Essais, p. 375b, 7.]

On peut ramener à deux chefs principaux les différentes preuves qu'il apporte: les unes sont d'ordre idéologique et les autres d'ordre cosmologique.

Preuves idéologiques.—La preuve de saint Anselme[237], que tous les scolastiques ont méprisée, «sans excepter même le Docteur angélique» et que Descartes a reprise, n'est pas un paralogisme, comme on l'a dit tant de fois; «c'est une démonstration imparfaite[238]».

[Note 237: R.P. RAGEY, Argument de saint Anselme, p. 19, notes.]

[Note 238: LEIBNIZ, N. Essais, p. 374b-375a, 7; De la démonstration cartésienne de l'existence de Dieu du R.P. Lami, p. 177a.]

Lorsqu'on affirme que l'idée de Dieu ou de l'Être infini enveloppe l'existence effective, «on suppose tacitement» que Dieu «est possible[239]». Mais on ne le fait point voir, et l'argument tout entier demeure hypothétique. En second lieu, on ne montre pas non plus d'une façon suffisamment claire comment la possibilité de Dieu ou de l'Être infini entraîne son existence.

[Note 239: LEIBNIZ, N. Essais, p. 375a, 7; De la démonstr.
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, p. 177a; Epist. ad Hermannum Conringium, p. 78.]