[Note 278: Ibid.]

Il se pourrait d'ailleurs «que l'univers allât toujours de mieux en mieux, si telle était la nature des choses, qu'il ne fût point permis d'atteindre au meilleur d'un seul coup[279]». Et, dans ce cas, rien n'empêcherait le genre humain de s'élever par la suite à une plus grande perfection que celle que nous imaginons présentement. «Mais la place que Dieu a assignée à l'homme dans l'espace et dans le temps borne les perfections qu'il a pu recevoir[280].» Il est même permis d'affirmer que toute créature, quelle qu'elle soit, trouvera toujours une dernière limite à son effort vers le meilleur: le progrès ne saurait être indéfini, et le mal ne disparaîtra jamais complètement du monde. S'il n'y avait plus de mal, c'est qu'il n'y aurait plus de matière. Mais alors tout serait devenu Dieu; et il n'y aurait plus de monde.

[Note 279: Ibid., p. 566b, 202.]

[Note 280: LEIBNIZ, Théod., p. 603a, 341.]

V.—LE BIEN

On peut relever trois idées principales dans la théorie morale qui se dégage des écrits de Leibniz: sa notion du bonheur; sa notion de la valeur des choses; et celle qu'il s'est faite des mobiles de nos actions.

A) Le bonheur.—«Tout le but de l'homme est d'être heureux, dit Bossuet dans la première de ses méditations sur les Evangiles.» C'est aussi la pensée que Leibniz exprime à plusieurs reprises et sous différentes formes. A ses yeux, la soif du bonheur est le levier unique de notre activité. Nous n'avons aucun dessein, aucune crainte, aucune espérance, nous ne produisons aucun effort qui n'ait là son ressort caché et toujours tendu. «Nous faisons tout pour notre bien; et il est impossible que nous ayons d'autres sentiments, quoi que nous puissions dire[281].» Ce n'est pas que l'on soit incapable d'aimer autre chose que soi-même. L'amour désintéressé, «celui où l'on ne cherche pas son propre profit», demeure possible[282]. Mais il ne vient jamais entièrement de la tête; il y entre toujours quelque joie plus ou moins aperçue qui lui donne toute sa force: «L'amour est cet acte ou état actif de l'âme qui nous fait trouver notre plaisir dans la félicité ou satisfaction d'autrui[283].»

[Note 281: LEIBNIZ, Sentiment de M. Leibniz sur le livre de M. l'Archevêque de Cambrai et sur l'amour de Dieu désintéressé, p. 789b et 790a.]

[Note 282: LEIBNIZ, Sentiment de…, p. 789b; N. Essais, p.
246b, 15.]

[Note 283: LEIBNIZ, Sentiment de…, p. 789{b}; N. Essais, p.
246b, 15.]