[Note 362: Théod., § 44, p. 491b;—Théod., § 196, p. 564;—V. sup., p. 40-41.]
32. Et celui de la Raison suffisante, en vertu duquel nous considérons qu'aucun fait ne saurait se trouver vrai ou existant, aucune énontiation véritable, sans qu'il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement, quoique ces raisons le plus souvent ne puissent point nous être connues[363].
[Note 363: V. sup., p. 41 et ssq. Mais la manière dont Leibniz comprend ici le principe de la raison suffisante, diffère un peu de ce que l'on a vu dans les ouvrages précédents. Ce principe ne règle plus seulement les vérités de fait, il s'étend aux vérités de droit: il n'est «aucune énontiation véritable» qu'il ne serve à expliquer de quelque manière. Et c'est dans ce sens nouveau que Leibniz emploie ce principe un peu plus loin, à la proposition 33. «Quand une vérité est nécessaire, dit-il, on en peut trouver la raison par l'analyse.» Il semble bien aussi que la raison suffisante ait la même extension, au n° 7 des Principes de la nature et de la grâce (p. 716a).
Ainsi, le principe de contradiction et le principe de raison suffisante ne se distinguent plus par leurs départements; ils ont le même domaine, qui est celui de l'être réel ou possible. Mais ils diffèrent par leur fonction. Le rôle du principe de contradiction est négatif: il indique la condition logique de toute vérité, soit éternelle, soit contingente. Le rôle du principe de raison suffisante est positif: il sert d'abord à montrer le pourquoi des connexions éternelles des possibles; en second lieu, il nous révèle ce qui fait qu'il y a un univers plutôt que rien, et ce qui fait que tel univers s'est réalisé de préférence à d'autres; et, prise dans ce dernier sens qui a rapport au contingent, la raison suffisante englobe à la fois la cause efficiente et la cause finale.
Cette autre manière d'entendre les principes directeurs de l'intelligence humaine nous semble a la fois plus compréhensive et plus conforme aux lois de la logique. Leibniz, à force de réflexion, a fini par se rendre complètement maître de sa pensée.]
33. Il y a aussi deux sortes de vérités, celles de raisonnement et celles de fait[364]. Les vérités de raisonnement sont nécessaires et leur opposé est impossible, et celles de fait sont contingentes et leur opposé est possible. Quand une vérité est nécessaire, on en peut trouver la raison par l'analyse, la résolvant en idées et en vérités plus simples, jusqu'à ce qu'on vienne aux primitives[365].
[Note 364: V. sup., p. 31-32.]
[Note 365: Théod., § 170, 174, 189, p. 555-563;—Ibid., § 280-289, p. 587, 588;—Ibid., § 367, p. 610b;—Ibid., abrégé, object. 3, p. 625-626.]
34. C'est ainsi que chez les Mathématiciens les Théorèmes de spéculation et les Canons de practique sont réduits par l'analyse aux Définitions, Axiomes et Demandes.
35. Et il y a enfin des idées simples, dont on ne saurait donner la définition; il y a aussi des axiomes et demandes ou en un mot des principes primitifs, qui ne sauraient être prouvés et n'en ont point besoin aussi; et ce sont les énontiations identiques, dont l'opposé contient une contradiction expresse[366].