[Note 420: Théod., § 91, p. 527b-528a; Ibid., § 397, p. 618.]
83. Entre autres différences qu'il y entre les Âmes ordinaires et les Esprits, dont j'en ai déjà marqué une partie, il y a encore celle-ci, que les âmes en général sont des miroirs vivans ou images de l'univers des créatures, mais que les esprits sont encore images de la Divinité même, ou de l'Auteur même de la nature, capables de connaître le système de l'univers et d'en imiter quelque chose par des échantillons architectoniques[421], chaque esprit étant comme une petite divinité dans son département[422].
[Note 421: Principes de la nature et de la grâce, p. 717, 14: «Il (l'esprit) n'est pas seulement un miroir de l'Univers des créatures, mais encore une image de la Divinité. L'esprit n'a pas seulement une perception des ouvrages de Dieu; mais il est même capable de produire quelque chose qui leur ressemble, quoiqu'en petit. Car, pour ne rien dire des merveilles des songes, où nous inventons sans peine, et sans en avoir même la volonté, des choses auxquelles il faudrait penser longtems pour les trouver quand on veille; notre âme est architectonique encore dans les actions volontaires, et découvrant les sciences suivant lesquelles Dieu a réglé les choses (vondere, mensura, numero), elle imite dans son département, et dans son petit Monde où il lui est permis de s'exercer, ce que Dieu a fait dans le grand.»]
[Note 422: Théod., § 147, p. 548a: «Il (Dieu) le laisse faire en quelque sorte dans son petit département, ut Spartam quam nactus est ornet. C'est là où le franc arbitre joue son jeu… L'homme est donc comme un petit dieu dans son propre Monde, ou Microcosme, qu'il gouverne à sa mode: il y fait merveilles quelquefois, et son art imite souvent la nature… Mais il fait aussi de grandes fautes, parce qu'il s'abandonne aux passions, et parce que Dieu l'abandonne à son sens… L'homme s'en trouve mal, à mesure qu'il a tort; mais Dieu, par un art merveilleux, tourne tous les défauts de ces petits Mondes au plus grand ornement de son grand Monde.» L'homme, comme Dieu, a l'éternel en perspective. L'homme, comme Dieu, fait des inventions, soit en «comparant les possibles», soit par le jet spontané des idées dont son âme est la source; et ces inventions changent peu à peu la surface de la terre qu'il a reçu la mission de conquérir. L'homme, ainsi que Dieu, a pour tendance fondamentale l'amour rationnel du meilleur; et il s'en approche de plus en plus, à travers ses défections, comme par une série d'arabesques concentriques.]
84. C'est ce qui fait que les esprits sont capables d'entrer dans une manière de société avec Dieu[423], et qu'il est à leur égard non seulement ce qu'un inventeur est à sa machine (comme Dieu l'est par rapport aux autres créatures) mais encore ce qu'un Prince est à ses sujets et même un père à ses enfants[424].
[Note 423: V. Syst. nouv, de la nature, p. 126; Comment. de anima brutorum, p. 465b, XV; Epist. ad Wagnerum, p. 466b, V. Principes de la nature et de la grâce, p. 717b, 15.]
[Note 424: Syst. nouv. de la nature, p. 125a: «C'est pourquoi Dieu gouverne les esprits, comme un Prince gouverne ses sujets, et même comme un père a soin de ses enfans; au lieu qu'il dispose des autres substances, comme un Ingénieur manie ses machines.»]
85. D'où il est aisé de conclure que l'assemblage de tous les Esprits doit composer la Cité de Dieu[425], c'est-à-dire le plus parfait État qui soit possible sous le plus parfait des Monarques[426].
[Note 425: Ce mot, pris de saint Augustin, a, dans la langue de
Leibniz, un sens nouveau: il signifie le règne des volontés, ce que
Kant appelle le «règne des fins».]
[Note 426: Théod., § 146, p. 547b—548a;—Ibid., object. 2, p.
625.]