«Tu me crois donc encore un homme comme tous les autres, s’écria le Mahdi, sache que je suis le Mahdi el Monteser; le Prophète m’a révélé que ta fortune est cachée dans ton appartement. Ahmed woled Soliman, va dans sa chambre, soulève les briques de la paroi du côté gauche, tu y trouveras le trésor de ce Turc, et tu me l’apporteras ici!»

Soliman sortit, Mohammed Pacha s’assit auprès du Mahdi; toujours fier, bien qu’il ne put douter que son trésor était découvert, et ne pouvant se résoudre à s’excuser de son mensonge, il écoutait, sans s’y mêler, la conversation dont il était l’objet.

Soliman ne tarda pas à reparaître; des hommes derrière lui portaient une caisse de métal que l’on amena devant le Mahdi; on l’ouvrit: elle était pleine de pièces d’or. La caisse contenait, à ce qu’on m’a raconté, 7000 guinées.

«Mohammed Saïd, dit alors le Mahdi, tu m’as trompé. Pourtant, je te pardonne: Ahmed, porte cette somme dans le «Bet el Mal» (cuisse d’état où l’on mettait tous les revenus) et distribue-la à ceux qui en ont besoin.»

«Toi, qui prêches le renoncement aux biens de ce monde, tu me prends mon trésor pour l’employer suivant tes caprices», s’écria Mohammed Pacha en se levant et en s’éloignant tranquillement. Le Mahdi le regarda et fronçant le sourcil: «Di ma bijenfa ma ana» (celui-ci ne vaut rien pour nous) dit-il à voix basse.

Ahmed bey Dheifallah, l’ami de Mohammed Pacha, avait assisté à toute la scène.

Le Mahdi se tourna vers lui, et l’invitant à rester fidèle et juste:

«Ne cherche pas, lui dit-il, à imiter ton ami dont le cœur est fermé; sois juste à mon égard et tu verras tous tes desseins s’accomplir. J’avais fait donner le même avis à ton frère Abdullahi; malgré cela il s’est rallié aux Turcs et a combattu contre moi. Dieu le Miséricordieux l’a réduit en poussière avec ceux dont il avait embrassé la cause. Toi, Ahmed, sauve ton âme! Reste fidèle et tu goûteras après la mort les joies divines, car le Seigneur te prendra avec lui dans le ciel!»

«Mahdi! répondit Ahmed woled Dheifallah, dans un ciel où n’est pas mon frère, je ne veux pas être non plus.»