Avant que Mohammed Pacha put répondre, Iscander répliqua:
«Seigneur et Mahdi, ce n’est point Mohammed Pacha Saïd qui a fait mettre à mort tes messagers; c’est moi, en ma qualité de commandant de la forteresse, et parce que je considérais tes hommes comme rebelles; ainsi que tu l’as dit, j’ai eu tort.»
«Je ne vous demande point compte de vos actions, répondit le Mahdi, mes messagers ont atteint leur but. En me quittant pour porter mon message, ils ont exprimé le désir de mourir en martyrs. Leur prière a été exaucée. Dieu le Miséricordieux les a entendus et, en ce moment, ils jouissent du bonheur éternel. Dieu, fortifie-nous, afin que nous puissions suivre leurs traces.»
Tandis que le Mahdi s’entretenait de la sorte avec ses prisonniers, ses troupes occupaient la forteresse. Abou Anga prit avec ses soldats possession des casernes, du magasin aux poudres, et des bâtiments du Gouvernement; les autres émirs s’établissaient dans les plus belles maisons, celles des officiers, des marchands, etc.
Alors seulement, le Mahdi fit conduire par Ereg les prisonniers dans les maisons qu’ils occupaient dans la forteresse.
Le gouverneur fut prié d’indiquer l’endroit où étaient cachés ses trésors que l’on croyait considérables. Mais Mohammed Pacha se défendit de posséder quoi que ce fut. On le ramena au Mahdi auquel il renouvela ses dénégations, déclarant ne posséder absolument rien.
Cependant, Ahmed woled Soliman, sur l’ordre du Mahdi, avait interrogé les serviteurs de Mohammed Pacha et appris l’endroit où était caché le trésor. Il revint communiquer secrètement à son maître le résultat de ses recherches.
Celui-ci, connaissant alors le secret de son prisonnier, lui parla en ces termes en présence de l’espion Ahmed woled Soliman:
«Tu m’as juré fidélité par un serment sacré; pourquoi refuses-tu de me donner ta fortune? C’est un péché! Espères-tu donc pouvoir réunir d’autres richesses?»
«O Mahdi! répliqua Mohammed Pacha, je n’ai commis aucun péché et ne possède aucun argent; je ne puis rien te donner; fais de moi ce que bon te semblera!»