Expédition contre Shakka.—Bataille de Omm Waragat.—Après la bataille.—Assiégés dans la zeriba.—Retraite sur Dara.—Episodes du voyage.—Arrivée à Dara.—Maladie et mort de Gottfried Rott.—Envoi d’émissaires secrets au Kordofan.—Difficultés avec la garnison d’El Fascher.—Révolte des Arabes Mima.—J’apprends la chute d’El Obeïd.—Mort du sheikh Arifi.—Campagne contre les Arabes Mima et les Arabes Khawabir.—Tentative de désertion.—Découverte d’un complot parmi les troupes à Dara.—Mes officiers et mes hommes mettent notre défaite sur le compte de ma religion.—Je me décide à adopter en apparence la religion musulmane.—Je décide d’envoyer Zogal bey à El Obeïd.—Ma campagne contre les Beni Halba.—Bichari bey.—Sa mort.—Situation au Darfour.

J’étais arrivé à Hachaba; point de ralliement convenu, après avoir fait de mon mieux pour organiser une force capable d’opérer avec succès contre Madibbo. J’avais réussi à engager les Gellaba à se joindre personnellement à moi ou à me donner leurs Basingers. J’avais demandé aide à Zogal bey qui me fournit plus de deux cents Basingers; moi-même je possédais un certain nombre d’esclaves qui connaissaient le maniement des armes. Je réengageai le major Sharaf ed Din, ex-commandant des Basingers à Kolkol qui avait été destitué par Nur Angerer ainsi qu’un certain nombre d’officiers Djaliin qui avaient autrefois servi avec Zobeïr Pacha. Les tribus que j’avais appelées pour porter secours au Gouvernement étaient arrivées. Mes forces pouvaient donc comprendre les effectifs suivants:

L’infanterie régulière armée de Remington, 550 hommes; les Gellaba qui m’avaient accompagné, 200 hommes; les Basingers, sous le commandement de Sharaf ed Din secondé par les chefs en second, Abd er Rasoul, sheikh Khoudr Ombetti, Mangel Medine, Hasan woled Satarat, Sultan Abaker el Begaoui, Soliman woled Farah, Moslim woled Kabachi et d’autres, 1300 hommes; en tout 2050; ajoutez à cela environ 100 hommes de cavalerie armés de fusils. J’avais donc à peu près au total 2150 fusils et un canon se chargeant par la bouche et 13 artilleurs. Les tribus de Bégou, Birket, Zagawa (au sud du Darfour), Messeria, Tadjo, et quelques Maalia, hostiles au sheikh Abou Salama, m’avaient amené un contingent de 6000 hommes armés de lances et 400 chevaux.

La garnison laissée à Dara comprenait 400 hommes d’infanterie, 7 canons et leurs servants, 30 chevaux, 250 Basingers sous le commandement de Zogal bey qui depuis la mort de Emiliani administrait comme vice-gouverneur le district de Dara. J’avais laissé avec lui le Suisse Gottfried Rott et j’avais chargé ce dernier de me renseigner exactement sur tout ce qui se passerait. Ce Rott autrefois maître d’école à Siout avait découvert quelques années auparavant une caravane d’esclaves qui se rendait en contrebande par la route de Arbaïn en Egypte; sur ces indications le Gouvernement arrêta le convoi. Rott reçut pour ce fait une lettre de félicitations de M. Gladstone; la société anti-esclavagiste lui exprima sa reconnaissance et le Gouvernement égyptien le nomma inspecteur du service de répression de la traite des esclaves et me l’envoya au Darfour, avec ordre de lui assigner Shakka comme centre de ses opérations, mais Rott n’arriva que très peu de temps avant l’ouverture des hostilités et l’interruption des communications postales; je me vis donc forcé de le retenir à Dara. Il comprit bien vite que la situation était assez grave pour m’autoriser à le prier de renoncer momentanément au service que le Gouvernement lui avait assigné afin de ne pas surexciter davantage des esprits que les troubles environnants agitaient trop déjà. Comme il possédait bien la langue arabe, je le chargeai de surveiller secrètement Zogal bey et ses parents et d’observer quels étaient leurs rapports avec les rebelles.

A la fin d’octobre, je me mis en marche avec toute ma colonne. Le pays des Risegat étant couvert d’épais buissons et de forêts, je devais me tenir sur mes gardes, éviter toute surprise, toute attaque et marcher de manière à éviter que toute ma petite armée ne s’avançât en désordre et ne tombât dans quelque embuscade.

Le tableau ci-contre donnera une idée exacte de l’ordre dans lequel nous marchions vers Shakka. L’avant-garde consistait en 50 cavaliers armés de fusils, 400 hommes de l’infanterie régulière formaient le point de résistance de ma troupe. Les troupes étaient disposées en un carré de 100 hommes sur chaque face; sur chacun des côtés marchaient 200 Basingers de sorte que le carré en réalité comprenait quatre faces de chacune 300 hommes. Au centre du carré s’avançaient les canons chargés à dos de chameaux; avec eux marchaient les bêtes de somme portant les munitions, les fusils, etc. Je marchais en avant du carré avec une petite troupe de 90 hommes armés de Remington, suivi de 20 cavaliers armés de fusils. Sur les flancs, à 600 pas de distance environ, 2000 porteurs de lances flanqués en plus à leur tour de 200 Basingers que protégeaient encore 150 Arabes à cheval. L’arrière-garde, marchant à 800 pas en arrière du carré se composait de 2000 porteurs de lances, suivis de 60 hommes de l’infanterie régulière, de 300 Basingers, de 30 cavaliers armés de fusils et enfin de 100 cavaliers arabes qui restaient. Les Basingers qui marchaient sur les flancs étaient accompagnés de trompettes. L’arrière-garde était plus forte que les flanqueurs et comptait 390 fusils, car on pouvait être sûr que, fidèles à leurs habitudes, les tribus arabes attaqueraient d’abord nos derrières.

Ordre de marche avant le combat de Omm Waragat sur la route de Shakka.

Les Basingers et les porte-lances qui protégeaient les flancs pouvaient en cas d’attaque résister assez longtemps pour me permettre d’arriver avec un renfort pris, s’il était nécessaire, parmi les hommes de l’infanterie régulière qui formaient le carré central.