Introduction.
Mon premier voyage au Soudan.—Mon retour en Autriche.—Mon second voyage.—Corruption au Soudan.—Je suis nommé gouverneur de Dara.—Gordon au Darfour.—Zobeïr Pacha et son fils Soliman.—Les Gellaba.—Les Djaliin et les Danagla.—Coup d’œil rétrospectif sur les causes primordiales de l’insurrection dans le Bahr-el-Ghazal.—Campagne de Gessi.—Rabeh se sépare de ses compagnons.—Mort de Soliman Zobeïr.
Je servais, comme lieutenant au Régiment Prince héritier Rodolphe (No 19) sur la frontière bosniaque, quand en Juillet 1878, je reçus de Gordon Pacha une lettre par laquelle il m’invitait à entrer, sous ses ordres, au service du gouvernement égyptien.
J’avais déjà, en 1874, fait un petit voyage au Soudan et, après avoir traversé Assouan, Korosko et Berber, j’étais arrivé, en Octobre, à Khartoum d’où je m’étais rendu aux montagnes de Nouba, où j’avais visité Delen, station des Missions Catholiques de l’Afrique Centrale que l’on venait d’installer, et de là j’avais poussé jusqu’à Kolfan, Niouma et Kadro; mais le soulèvement des Arabes Hauasma rendant périlleux le séjour dans ces contrées, j’étais retourné à El Obeïd. Les Arabes qui n’avaient en somme à se plaindre que de l’exagération du tribut qui leur était imposé, avaient fait seulement quelques difficultés au moment de sa perception et étaient promptement rentrés dans l’obéissance; cependant je ne jugeai pas à propos de retourner dans ces régions et me décidai à revenir au Darfour.
En arrivant à Kaga-Katoul, j’appris que le gouverneur général du Soudan, Ismaïl Pacha Ayoub, qui résidait alors à Fasher, avait publié un arrêté interdisant absolument à tout étranger de pénétrer dans le Darfour dont les routes commerciales étaient encore peu sûres, le pays n’étant occupé militairement par l’Egypte que depuis peu de temps et ne pouvant être considéré comme soumis que dans une très-faible partie.
Je retournai donc directement à Khartoum où je fis la connaissance d’Emin Pacha (alors Docteur Emin) qui était arrivé quelques jours auparavant avec un certain Charles de Grimm.
Emin et moi adressâmes alors à Gordon Pacha, à cette époque gouverneur général des Provinces Equatoriales et résidant à Ladó, une lettre dans laquelle nous lui demandions l’autorisation de visiter ses domaines, et, notre lettre partie, nous attendîmes sa réponse. Ce n’est que deux mois plus tard que cette réponse nous arriva; Gordon nous invitait à nous rendre à Ladó.
Mais dans l’intervalle j’avais reçu de Vienne des lettres de ma famille qui me suppliait de rentrer en Europe; je souffrais aussi de la fièvre et, de plus, je devais, l’année suivante, accomplir mon service militaire; je pris donc la résolution de céder au désir de ma famille.
Le docteur Emin se rendit à l’invitation de Gordon et partit pour le Sud; peu de temps après, Gordon le nommait bey et gouverneur de Ladó, et lorsque Gordon Pacha dut quitter les Provinces Equatoriales, il choisit Emin pour le remplacer dans le gouvernement de ces provinces. Emin remplissait encore ces fonctions lorsqu’en 1889, Stanley vint l’arracher à sa difficile situation pour le conduire à Zanzibar.
Pour moi, traversant le désert de Bayouda, et passant par Dongola et Wadi-Halfa, j’arrivai en Egypte et de là je gagnai l’Europe où j’arrivai dans l’automne de 1876.