Comme je l’appris par quelques-uns des captifs délivrés, Haroun avait l’intention de se joindre à la tribu des Mima, dont il avait reçu un message l’informant qu’ils n’attendaient que son arrivée pour se soulever contre le Gouvernement.

Le sultan Haroun se retira avec ce qui lui restait de troupes dans le Gebel Marrah, tout près de là; moi je partis directement pour Dara. En route je rencontrai 400 cavaliers environ des Beni Halba et des Messeria qui, comme je le leur avais demandé, arrivaient à mon aide, mais malheureusement trop tard.

A Dara, tout était encore dans la plus grande confusion. Les riches marchands, effrayés par l’attaque nocturne et inquiets pour leurs biens et leur vie, s’étaient, avec leurs familles, réfugiés dans la forteresse, déjà toute remplie de gens, attendant dans la plus grande avidité l’issue du combat engagé contre Haroun. Dès qu’ils connurent le résultat, ils se déclarèrent prêts à obéir avec joie à mes ordres et quittèrent la citadelle pour réintégrer leurs demeures.

Le sultan Haroun s’était bien vite remis de sa défaite et, réunissant ses fidèles autour de lui, s’était rendu à Dar Gimmer, dépendance de la moudirieh de Kolkol. Là, il tomba à l’improviste sur les Arabes, enleva les chameaux et les troupeaux de bœufs et, quelques marchands étant tombés entre ses mains, il les tua et s’empara de leurs marchandises.

Le moudir de cette province, Nur bey Angerer, informé de ce qui se passait, marcha contre Haroun. Avec sa rapidité bien connue, il franchit en 26 heures à peine une distance évaluée à deux journées de marche.

Aux premières lueurs du matin, il surprit Haroun dans son camp. Le sultan voulut sauter sur son cheval; mais la sangle se rompit; c’était déjà un mauvais présage. Haroun se fit amener un second cheval, mais il avait à peine le pied à l’étrier qu’une balle l’atteignit en pleine poitrine. Il tomba mort sous sa monture. Ses gens surpris par l’irruption soudaine des troupes du moudir et plus encore par la perte de leur chef s’enfuirent en toute hâte, abandonnant tout le camp à Nur Angerer.

Celui-ci fit trancher la tête du sultan Haroun et l’envoya à Fascher en témoignage de sa victoire. Les partisans de Haroun qui avaient échappé, se réunirent dans la suite à Gebel Marrah et s’y choisirent pour nouveau maître le sultan Abdullahi Doud Benga, fils du sultan Abaker et cousin de Haroun. Un nouveau coup de main sur le Darfour paraissait dès lors peu probable, et la tranquillité semblait devoir désormais régner dans la contrée.

Dans l’intervalle, j’avais reçu de Messedaglia une lettre m’annonçant qu’il se rendait à Khartoum pour y recevoir sa femme et la conduire de là au Darfour.

J’appris plus tard qu’une fois arrivé à Khartoum, Messedaglia eut des démêlés avec le Gouvernement qui le força à donner sa démission. Ali bey Chérif, ancien moudir du Kordofan, lui succéda.

A cette même époque, c’est-à-dire à la fin de 1879 ou au commencement de 1880 je reçus de Gordon Pacha les lignes suivantes: