Le Gouvernement du Darfour.

De l’administration de Dara.—Mes difficultés avec les Gellaba.—Inspection des districts du sud.—Arrivée à Shakka.—Madibbo bey, sheikh des Risegat.—Ma visite à Khartoum.—Entretien avec le Gouverneur général.—Arrivée de Gessi à Khartoum.—Je me rends dans l’ouest avec l’évêque Comboni et le P. Ohrwalder.—Je suis nommé Moudir Umum du Darfour.—Nur Angerer.—Hostilités entre les Arabes Mahria et les Arabes Bedejat.—Expédition au pays des Bedejat.—Salih Dunkousa et l’arbre Heglig.—Négociations avec les sheikhs des Bedejat.—Cérémonie du serment de fidélité.—Retour à Fascher.—Troubles à Shakka et mort d’Emiliani.

De retour à Dara, je me consacrai à l’administration de la province qui m’avait été confiée.

J’avais réclamé la liste complète, au moins approximativement, des noms des localités avec le nombre de leurs habitants. Ces listes me furent remises peu à peu et je commençai à parcourir le pays pour me rendre compte par moi-même de la situation.

L’argent monnayé est chose rare au Darfour. On n’en rencontre guère que chez les tribus arabes du nord qui accompagnent les marchands du Darfour à Siout en Égypte, par la grande route du désert. Ces tribus possèdent de l’argent, voire même de l’or, mais en petite quantité. Dans les autres parties du pays, les transactions commerciales se font presque exclusivement par voie d’échanges. On donne en payement des tissus blancs de coton, de fabrication indigène et qu’on nomme Tokia (au pluriel Takaki). Coupés en pièces de longueur déterminée, ils tiennent lieu d’argent. Certaines espèces de tissus, de valeur inférieure, importées d’Europe, sont également acceptées en payement. Mais comme ces tissus sont parfois assez rares sur la place, la valeur s’en trouve soumise à des fluctuations considérables et ils n’ont pas de valeur bien précise.

Comme la population payait ses impôts en nature: blé, miel, cotonnades indigènes et animaux domestiques, tels que chameaux, vaches, moutons, etc., je reconnus bien vite qu’il était plus pratique de céder ces produits à des marchands, en fixant la valeur, au cours des tissus, en piastres égyptiennes (la piastre vaut environ 25 centimes). Cependant je conservais le froment qui était toujours reçu suivant une valeur déterminée et toujours la même. Ces recettes suffisaient à payer aux soldats leur solde et aux fonctionnaires leur traitement.

Je commençai ma tournée par Taouescha et Dar el Chawabi; puis revins à Dara, par Sheria, et me rendis à Shakka, par Kerchou.

C’est pendant ces voyages que j’établis la quotité de l’impôt de capitation, c’est-à-dire afférent à chaque tête. A Shakka, à Kallaka et à Dar Beni Halba, je m’efforçai, soit en m’entourant d’informations, soit en jugeant de mes propres yeux, de me faire une idée, au moins approximative, de la situation de fortune des diverses tribus arabes. En même temps, il me fallait penser à rassembler les Basingers de Soliman woled Zobeïr, encore disséminés parmi les Risegat, les Habania et les Taasha.

Je fis promettre aux sheikhs principaux de ces tribus et aux sheikhs des tribus secondaires, de me livrer les Basingers qui se trouvaient sur leurs territoires.

Je savais qu’il était pour ainsi dire impossible de mettre la main sur tous les Basingers disséminés dans le pays. Toutefois les trois tribus dont je viens de parler me livrèrent près de 400 nègres en état de porter les armes.