Mes écrits qui ne sont que des comptes rendus, s’adressent non seulement à ceux qui connaissent à fond l’état de choses au Soudan Egyptien, mais aussi à ceux qui ont une réelle sympathie pour ce pays.
Londres, Août 1895.
Rodolphe Slatin.
Lettre du Révérend Père Don Joseph Ohrwalder,
autrefois supérieur de la
Mission autrichienne à Delen, (Kordofan), prisonnier des
Mahdistes pendant 10 années.
Lorsque j’eus embrassé au Caire, Slatin Pacha, mon cher ami et mon fidèle compagnon pendant les jours affreux de misère commune, enfin libre et heureux après de longues années, et que la première joie causée par notre réunion fut passée, on m’invita de la part de ceux qui le pressaient de décrire ce qu’il avait vu et la façon dont il avait vécu,—on m’invita, dis-je—à faire précéder son livre de quelques mots.
Avoir partagé ses souffrances, l’amitié qui nous liait et qui de temps à autre, pour de courts instants nous apportait quelque adoucissement durant notre captivité, telles sont les seules raisons qui me donnent le droit de déférer à ce désir.
Le grand intérêt général de l’heureuse délivrance de Slatin, la cordiale participation de ses nombreux amis qui, ayant toujours suivi avec la plus vive sollicitude les quelques nouvelles leur parvenant à de rares intervalles sur son triste esclavage, apprirent avec une joie bien sincère l’annonce de sa liberté, la nécessité de répondre aux désirs de tous ceux qui prennent une part active au sort de l’Afrique, la nécessité également d’attirer l’attention des nations civilisées sur le Soudan, cette contrée la plus malheureuse du continent noir qui paraissait autrefois destinée à être le point de départ de la civilisation africaine et qui, maintenant, est devenue son plus grand obstacle, toutes ces circonstances donc furent un devoir pour Slatin Pacha—bien qu’il fut très occupé d’autre part et qu’il ne soit pas écrivain—de livrer sans retard à la publicité un exposé de son intéressant passé.