«Hamed salue l’homme, et fait agenouiller le chameau, me dit Zeki qui se retournait. Allons au petit pas.»
Vingt minutes après, l’inconnu sauta en selle et Hamed nous rejoignit.
«Remerciez Dieu qui nous a sauvés! s’écria-t-il; cet homme, une de mes connaissances, est Mouhal le sheikh des Haouara; il se rend à Dongola avec des chameaux pour porter des dattes à Omm Derman. Il m’a demandé où j’allais en compagnie de l’Egyptien blanc; il a des yeux de faucon!»
«Et que lui as-tu répondu?»
«Je l’ai prié, en sa qualité d’ami, de garder notre secret; j’ai ajouté à ma prière vingt écus Marie-Thérèse. Nous autres Arabes, tous nous aimons l’argent. Il m’a juré de se taire si, par hasard, il rencontrait nos persécuteurs. Ses gens sont trop éloignés pour distinguer un blanc d’un noir. Allons, avançons; nous avons perdu du temps?»
Le soleil était sur son déclin quand nous franchîmes la colline de Hobeguie. Une heure après, nous accordions quelque repos à nos bêtes épuisées, campant dans la steppe à une journée de marche à l’ouest du Nil.
Il y avait vingt-et-une heures que nous ne nous étions pas arrêtés; de tout le jour, nous n’avions pris aucune nourriture; nous avions bu de l’eau une fois seulement. Aussi, malgré la fatigue, fîmes-nous honneur aux dattes et au pain qui constituaient notre souper.
«Donnons à manger aux chameaux et hâtons-nous de partir; tu n’es pas fatigué? ajouta le guide.»
«Non, répondis-je; nous avons coutume de dire en Europe: le temps, c’est de l’argent. Mais ici, le temps, c’est la vie. Faites vite!»