Les chameaux, à notre grand effroi, ne touchèrent pas à la nourriture. Hamed s’empressa de faire du feu; puis il prit une branche allumée, y jeta de la résine d’arbre et, tournant autour des bêtes, murmura des paroles incompréhensibles.
«Que fais-tu donc?» lui demandai-je, étonné.
«Je crains que les foukera (religieux mahométans) du calife n’aient ensorcelé nos chameaux; suivant notre habitude, j’emploie le remède usité!»
«Je crains bien plus qu’ils ne soient de mauvaise race ou malades; laissons-les se reposer encore; peut-être se remettront-ils?»
Une demi-heure s’écoula. Les animaux ne voulurent pas manger; il était impossible de rester là plus longtemps; nous les sellâmes et repartîmes. Les bêtes fatiguées refusèrent d’aller au trot, elles marchèrent seulement au pas accéléré.
Le soleil se leva lorsque nous n’étions encore que sur la hauteur nord-ouest de Metemmeh.
Les forces de nos coursiers diminuant de plus en plus nous rendaient très soucieux.
Ils n’allaient qu’au pas et il était clair qu’ils n’atteindraient pas, à un jour de marche, l’endroit situé au nord de Berber, où se trouvait à la lisière du désert, un relais pour changer nos bêtes et où nous attendaient d’autres montures.
L’après-midi, nous laissâmes nos chameaux absolument épuisés, se reposer à l’ombre d’un arbre. Nous résolûmes de nous rendre dans les monts du Ghilf situés à une forte journée au nord-ouest. Là, dans ces montagnes inhabitées, je me cacherais jusqu’à ce que mes guides eussent réussi à se procurer d’autres montures.