A la nuit, nous quittâmes cet endroit; les chameaux étant suffisamment reposés, prirent une allure assez rapide pour nous permettre d’atteindre le lendemain matin le pied des monts. Cette contrée est absolument inhabitée. Nous mîmes pied à terre et, chassant devant nous les chameaux, nous entrions, après trois heures d’une marche pénible et difficile dans une vallée entourée de rochers escarpés.
Mes guides, étant tous deux de la tribu des Kababish, la montagne du Ghilf est leur pays natal et ils en connaissaient tous les chemins et tous les sentiers. Nous cachâmes entre de gros blocs les mahlusas (selles de chameaux).
«Nous sommes arrivés dans notre patrie, elle protège ses fils; ne crains rien! me dit Hamed Houssein. Aussi longtemps que nous serons en vie, tu n’as rien à redouter. Reste ici caché; à quelque distance tu trouveras une fente de rocher d’où jaillit de l’eau. C’est là que j’abreuverai les chameaux. Zeki nous en rapportera du reste une ghirba (outre) pleine; je cacherai aussi les animaux dans un autre endroit afin que le vol des vautours tournant aux environs ne trahisse pas notre séjour. Attends-moi ici, nous verrons ce qu’il nous reste à faire.»
Les guides s’éloignèrent; j’étais seul et quelque peu inquiet. J’avais espéré atteindre directement la frontière égyptienne et échapper par la rapidité à mes persécuteurs; pourquoi ces empêchements imprévus.....?
Deux heures plus tard Zeki revenait apportant l’outre pleine d’eau.
«Goûte l’eau de ma patrie, s’écria-t-il; vois donc comme elle est fraîche et pure! Aie confiance! Si Dieu le veut, il mènera à bonne fin notre entreprise.»
Je bus abondamment; elle était vraiment excellente.
«Je suis plein de confiance, lui dis-je, pourtant ce retard me met de mauvaise humeur.»
«Malêche koullou seheï bi iradet illahi (cela ne fait rien, c’est Dieu qui dispose). Ce retard a peut-être aussi son bon côté; attendons Houssein.»