Il était plus de midi quand ce dernier arriva. Nous prîmes notre frugal repas composé de dattes et de pain et pendant lequel il fut entendu que Zeki se rendrait auprès de mes amis, gagnés à ma fuite, et dont les demeures se trouvaient à deux petites journées de voyage, afin d’en ramener de bons animaux.
«Je monterai la chamelle, dit Zeki, elle est vigoureuse et point encore rendue; je voyagerai toute la nuit et toute la journée de demain dimanche. Assurément, si Dieu le permet, je serai lundi chez nos amis. Comptez au plus deux jours pour se procurer les animaux; jeudi ou vendredi, à moins qu’un malheur ne m’arrive, je serai ici avec les chameaux.»
«Reculons plutôt la date, lui dis-je, nous t’attendrons jusqu’à samedi; si tu arrives avant, tant mieux! mais songe bien que notre sort est entre tes mains; sois prudent, surtout en ramenant les bêtes afin de n’éveiller aucun soupçon.»
«Comptez sur ma bonne volonté et sur notre chance! que Dieu vous ait en sa sainte garde; à bientôt! au revoir!»
Il me tendit la main.
Il prit quelques dattes qu’il serra dans son mouchoir et plaça la selle sur son épaule. Hamed lui décrivit la place exacte où se trouvait la chamelle. Zeki nous recommanda d’être prudents et, quelques minutes plus tard il avait disparu.
Nous fîmes place nette pour préparer notre coucher.
«J’ai une proposition à te faire, me dit Hamed après quelques instants. Mon parent Ibrahim Mousa est sheikh de ce district, sa demeure est sise au pied de la montagne à quatre lieues d’ici. Personne ne nous a vus, j’ai tout lieu de le croire; pourtant j’estime qu’il est préférable de l’avertir de notre arrivée, afin qu’il soit prêt à toute éventualité. Sans te nommer, je lui peindrai notre situation, il est mon cousin, donc il est forcé de nous donner asile; dans le cas où notre retraite serait découverte, ce qui est presque impossible à supposer, il nous avertirait à temps. Si tu es de cet avis, je pars cette nuit afin de le trouver sans être vu de personne; demain, de bonne heure je serai de nouveau auprès de toi.»
«Ton plan est bon; prends de l’argent, mais ne lui dis pas mon nom.»