Le soleil se couchait quand Hamed me quitta, me laissant ainsi seul avec mes pensées. Elles se reportaient vers mes domestiques, vers mes compagnons; tant d’années passées ensemble m’avaient habitué à eux malgré la différence des races et malgré leur caractère plutôt mauvais; mais elles s’envolaient, surtout vers les miens, mes frères et sœurs, mes amis, mes compatriotes. Pourvu, mon Dieu, que mon entreprise réussit! Epuisé, je finis par m’endormir sur ma couche dure; mais, avant l’aube, j’étais éveillé. Mon guide ne tarda pas à arriver.

«Tout va bien, s’écria-t-il, le sheikh, mon cousin, te salue quoique tu lui sois inconnu; il souhaite que Dieu te protège. Aie de la patience; actuellement, il n’y a rien d’autre à faire.»

Il se laissa choir entre deux blocs de rochers; on le distinguait à peine à cause de la couleur brune de sa peau; j’étais assis un peu plus bas, à l’ombre d’un arbre rabougri qui essayait de pousser entre les pierres et tandis que Hamed interrogeait l’horizon, nous nous entretînmes de la situation présente et passée du pays.

Soudain, un peu après midi j’entendis le pas d’un homme; il devait marcher derrière nous; m’étant retourné, je vis, non sans crainte, à quelque cent cinquante pas, un individu qui grimpait la montagne; ses reins étaient ceints d’une ferda qu’il essayait en cet instant, de ramener sur sa tête. Venant de derrière, il avait dû nous apercevoir.

«C’est un indigène, me dit Hamed; je crois bon d’aller lui parler, qu’en penses-tu?»

«Certainement et fais vite; si tu le juges nécessaire, donne-lui quelque argent.»

A pas rapides, mon camarade s’élança à la rencontre de l’homme qui, ayant atteint le dos de la montagne, venait de disparaître à mes regards. Peu après, je les vis tous deux s’approcher de moi.

«Nous avons de la chance, s’écria Hamed; c’est un de mes nombreux cousins; nos mères sont cousines germaines.»

L’homme s’approcha et me tendit la main.

«Que la paix divine soit avec toi, tu es ici en sûreté! me dit-il.»