«Ali voulait refuser ton argent, me dit-il à son retour; j’ai dû l’obliger à le prendre, ce n’est que dans la crainte de t’offenser, qu’il l’a accepté.»

Nous prîmes nos quartiers de nuit, et sans incident aucun, nous goûtâmes le repos jusqu’au matin. Je me retirai alors dans ma grotte, tandis qu’Hamed reprenait son poste de factionnaire.

Lentement les heures s’écoulèrent; que de pensées m’assiégèrent et combien ma patience fut-elle soumise à une dure épreuve! Et pourtant, il n’y avait rien à faire.

Notre provision d’eau diminuant, Hamed Houssein prit la ghirba pour se rendre à la source, voulant voir les deux chameaux.

«Mon absence durera quatre heures environ. Reste tranquillement dans ta grotte. Si, le cas échéant, quelqu’un venait,—que Dieu nous en garde!—ce serait en tout cas un indigène, un Kababish, car jamais un étranger n’est parvenu jusqu’ici; retiens-le et dis-lui que Hamed woled sheikh Houssein ne saurait tarder à paraître. Mais évite toute querelle et surtout garde-toi de répandre le sang.»

«Je suivrai ton conseil; j’espère toutefois que tu me retrouveras seul.»

Et, en effet, en moins de temps que je ne croyais, mon guide était de retour et sa ghirba était remplie d’eau.

«Les chameaux, me dit-il joyeusement, sont où je les ai cachés; ils se sont un peu remontés, autant que j’ai pu en juger.... donne-moi quelques dattes, je meurs de faim.... je vais regagner mon poste d’observation.»

Le reste du jour s’écoula plus lentement encore, mais sans incident. A la nuit tombante, nous regagnâmes notre couche et, après avoir babillé à voix basse, nous demandâmes à la Providence de ne point soumettre notre patience à une trop dure épreuve.

Jeudi, vers midi, soudain Hamed quitta précipitamment son poste et je le vis s’avancer à pas très rapides.