Mais j’ai beaucoup tardé et ma route est longue; je vous quitte; demain après le coucher du soleil, je reviendrai et m’annoncerai en sifflant doucement. Portez-vous bien,—au revoir.»

Suivant le conseil d’Ali, nous cherchâmes un autre endroit pour passer la nuit; le lendemain, nous reprîmes possession de notre grotte. Tout le jour, Hamed monta la garde. La faim seulement le décida à revenir vers moi. On acheva le pain, il ne nous restait plus que des dattes.

Vers le soir, nous entendîmes un léger sifflement: c’était Ali. Fidèle à sa promesse, il venait au rendez-vous, nous apportant dans une petite ghirba (peau tannée de jeunes gazelles que les Arabes utilisent fréquemment pour transporter du lait) un peu de lait et, dans sa ferda, du pain (galette de doura).

«J’ai fait croire à ma femme que j’avais à recevoir des marchands, nous dit-il après nous avoir salués; elle est si bavarde qu’il m’était impossible de lui dire la vérité.»

«C’est une particularité dont beaucoup de maris se plaignent aussi dans mon pays, observai-je en riant; (bien disposé, du reste, à la vue de l’excellent repas que nous allions faire).»

«J’ai pris des renseignements aux puits, continua Ali, soyez sans inquiétude. Mangez et buvez tranquillement; je crois à votre entière réussite.»

Nous fîmes honneur aux mets; puis, je le priai de se retirer afin que son absence n’inquiétât pas sa famille et n’éveillât pas de soupçons. J’ordonnai, à voix basse, à Hamed de lui remettre quelques écus comme gage de notre amitié.

«Ne reviens pas, lui dis-je, en prenant congé de lui; tes allées et venues paraîtraient suspectes à tes gens, ou pourraient laisser des traces qui trahiraient notre séjour.

Porte-toi bien; je te remercie de ton amitié et de ta fidélité.»

Hamed Houssein fit quelques pas avec son cousin.