«Quant à toi, ajouta-t-il, suis-moi!»

L’individu resté en arrière et lui-même se chargèrent des selles; quelques minutes après, nous atteignîmes la rive du Nil Saint; dans une caverne, nous trouvâmes un canot, à peine assez grand pour nous contenir. Il nous fallut plus d’une heure pour traverser le fleuve. Nous sautâmes sur le rivage; l’homme qui nous accompagnait dirigea le petit bateau vers un des rapides du Nil, puis le fit couler à pic. Il regagna à la nage la rive. Le canot avait déjà disparu et avec lui les derniers vestiges de notre traversée.

Après une demi-heure de marche, Ahmed Abdallah me pria de l’attendre quelques instants; à son retour il m’apporta du lait et du pain.

«Mange et bois, me dit-il; sois certain de la réussite de ton entreprise; oui, j’ose le jurer par Dieu et par son Prophète, tu es sauvé. Mon plan comportait que tu partisses encore cette nuit même, mais il est trop tard; il est préférable que tu attendes jusqu’à demain soir. C’est demain aussi que tes chameaux doivent être abreuvés. Nous sommes cependant ici trop à proximité d’habitations, c’est pourquoi le fils de mon frère, Ibrahim Ali, te conduira à un endroit un peu éloigné d’ici et assez difficile à atteindre. Là, tu m’attendras! Je vais te procurer un coursier, à moins que tu ne te sentes assez fort pour aller à pied?»

«Je supporterai la marche, répliquai-je; où est Ali?»

«Ici! il te servira du reste de guide dans le désert.»

La nuit était des plus sombres. Ibrahim Ali, une ghirba vide à la main, prit d’abord la route suivie par les caravanes qui se rendent à Abou Hammed en longeant le fleuve; puis, après avoir fait environ six kilomètres, il alla remplir à moitié son outre et nous nous dirigeâmes dans l’intérieur du pays. La marche était rendue difficile et lente par les grosses pierres dont la colline était couverte; j’étais exténué, chancelant comme un homme ivre. Enfin, nous fîmes halte auprès d’un ravin.

«Nous sommes à la place désignée par mon oncle, me dit Ibrahim qui, jusqu’ici, n’avait soufflé mot. Sois tranquille et sans crainte! Ce soir, j’amènerai les chameaux et nous partirons. Voici du pain et de l’eau. Je vais achever mes préparatifs; porte-toi bien.»

J’étais ainsi de nouveau seul; de nouveau exposé pendant le jour au soleil brûlant. Il est vrai que je me sentais plus léger, plus disposé à tout supporter, j’allais atteindre enfin mon but!