«Non; d’autres auront cette tâche. Mais laisse aller ton chameau à pas lents et quoiqu’il fasse sombre, enveloppe ton visage, c’est plus prudent. Il y a trois jours que de Berber, l’ordre est venu de surveiller étroitement toutes les routes; tu n’as cependant rien à craindre dans notre pays.»
Après deux heures de marche dans la direction de l’est-nord-est, nous fûmes à proximité du Nil. Nous entendions grincer la roue qui sert aux irrigations, les cris et les éclats de rire des esclaves travaillant avec leurs femmes.
Aussitôt arrivés, Mohammed sauta à terre.
«Faites agenouiller les chameaux lentement, tranquillement afin que leur cri n’attire pas l’attention.»
Sans bruit, les animaux obéirent.
«Demeure ici, jusqu’à ce que nous revenions avec Ahmed ibn Abdallah!»
Déjà, mes nouveaux guides avaient disparu dans l’obscurité profonde.
Une heure s’était à peine écoulée quand je vis venir quatre hommes. Le plus grand d’entre eux s’approcha de moi et m’embrassa, me pressant sur sa poitrine: «Dieu soit loué! dit-il, je te souhaite la bienvenue dans le pays de mes pères; je suis ton frère Ahmed ibn Abdallah de la tribu des Djihemab! Crois-moi, tu es sauvé!
«Mohammed, Ishaak, ordonna-t-il, ôtez les selles sans bruit!
«Vous avancerez avec vos chameaux le long du fleuve; à une distance assez grande, vous gonflerez les outres (elles servent en cas de besoin de flotteurs), vous les attacherez au cou des chameaux et traverserez le fleuve en différents endroits. Demain, attendez mes ordres près des pierres qu’on nomme “les rochers du taureau combattant!”