«Les chameaux n’arriveront que plus tard, continua Ahmed, je les ai expédiés dans l’intérieur du pays, en apprenant l’arrivée des derviches, de crainte qu’ils ne fussent utilisés par ceux-ci pour le transport des munitions.
«Si tu veux attendre à demain, nous irons te chercher de nouvelles provisions.»
«Non, mon désir est de partir en tout cas aujourd’hui; le manque de provisions ne saurait m’en empêcher; pourvu que les chameaux ne tardent pas trop.»
Ils n’arrivèrent qu’après minuit.
Ahmed Abdallah me présenta mes deux guides:
«Ibrahim Ali, mon neveu que tu connais déjà et Yacoub Hasan, également un de mes proches parents. Ils te conduiront auprès du sheikh Hamed Fadaï, le chef suprême des Arabes Amrab, soumis au Gouvernement égyptien. Par son entremise, tu arriveras en sécurité à Assouan.»
Les outres étant remplies, nous prîmes congé d’Ahmed.
«Je te prie, excuse le manque de provisions; mais ce n’est point ma faute, reprit Ahmed. Vous avez de la farine et des dattes, assurément ce n’est pas une nourriture bien fortifiante, mais elle suffira quand même pour apaiser la faim.»
Pendant trois heures et demie nous suivîmes la direction de l’est-nord-est et, à l’aube, nous atteignîmes la lisière orientale de Wadi el Homar (la vallée de l’âne). Elle a reçu ce nom à cause des ânes sauvages qu’on y rencontre fréquemment; la végétation y est très rare. Plus loin, la contrée prend le vrai caractère du désert: du sable, à de grandes distances quelques élévations sans le plus petit arbrisseau, sans le moindre brin d’herbe.