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Les officiers anglais et égyptiens au service de S. A. le Khédive apprirent au dernier moment mon arrivée inattendue; ils me reçurent avec joie dans le bâtiment du commandant où l’on s’ingénia à me faire oublier toutes mes peines.

Le major général Hunter Pacha, commandant le corps de la frontière, justement arrivé de Wadi Halfa, ses officiers supérieurs: Jackson bey, Sidney bey, Machell bey, le major Watson et d’autres dont j’oublie momentanément les noms me fournirent de la façon la plus gracieuse, des habillements, du linge, etc..... Avant même de m’habiller, je dus consentir à me laisser esquisser par mon ami Watson, ce à quoi, du reste, je consentis avec plaisir. Je priai Boutros bey Cerhis, aujourd’hui vice-consul anglais à Assouan, de remettre à mon guide, Hamed Garhosh, les 120 écus Marie-Thérèse; je lui donnai quelque argent, des habits et des armes et le major général Hunter Pacha, en signe de joie, lui fit présent de dix livres. Devenu ainsi si rapidement un homme aisé, il prit congé de moi tout ému.

Des télégrammes de félicitations ne tardèrent pas à me parvenir; le premier fut celui du colonel Lewis, tant en son nom personnel qu’au nom de la garnison de Wadi Halfa; puis, celui du très honoré chef de notre agence diplomatique, le baron Heidler von Egeregg dont le dévouement fut sans borne à mon égard; puis, du major Wingate bey, cet ami si désintéressé. Le baron Victor Herring et son fils, en voyage ici, furent les premiers compatriotes qui me saluèrent.

Par un hasard des plus heureux, le paquebot des messageries levait l’ancre l’après-midi même. Je l’utilisai naturellement. Quand je montais à bord, l’hymne national autrichien retentit, faisant couler mes larmes, tandis que tous les officiers qui m’accompagnaient ainsi que de nombreux touristes de toutes les nations poussaient des cris de joie.

J’étais ému, saisi, honteux! Quoique m’étant efforcé de conserver dans tous les cas mon honneur, ce que chaque officier aurait fait du reste, je n’avais rien accompli qui pût mériter tant d’honneurs, ma captivité ayant été plus riche en souffrances qu’en services.

Machell bey, le commandant du 12ème bataillon soudanais, dont les manœuvres de Wadi Halfa à Mourad avaient été cause que les Mahdistes avaient dévoré mes provisions et que j’eus tant à souffrir de la faim dans le désert m’accompagna. Je pris ma revanche! Il dut satisfaire à tous mes désirs touchant le boire et le manger, peine dont il s’acquitta du reste avec une amitié remarquable et une ponctualité militaire.

Nous arrivâmes à Louxor le dimanche soir; je fus de nouveau reçu admirablement par tous les voyageurs européens. C’est là que je reçus, par l’entremise du baron Heidler, le premier salut télégraphique de mes chers frères et sœurs, de Vienne.

Famille—Patrie! Comme ces mots sonnaient harmonieusement à mes oreilles!