Les chemins sont presque impraticables; néanmoins, sans repos, nous avançâmes, tant j’avais hâte de terminer au plus tôt ce voyage et de revoir ma famille.

Nous n’avions plus rien à craindre, nous trouvant sur le territoire égyptien et hors de la puissance des Mahdistes; mon guide pourtant désirait que nous passions inaperçus. Il craignait d’être reconnu par des gens en rapports commerciaux avec le Soudan. Il demeurait, en effet, à la frontière des Mahdistes; et ses affaires l’appelant fréquemment à Berber, ses fonctions présentes de guide pouvaient avoir des suites fâcheuses pour lui.

On pouvait lui appliquer ces mots: «l’esprit est prompt, mais la chair est faible.»

A son âge, il souffrait de la nourriture, de notre marche forcée et du froid parfois très sensible; je lui donnai ma gioubbe, ne gardant, sur mon corps nu, que la ferda et l’hisam.

Pour l’aider encore, je lui cédai pendant les quatre derniers jours mon chameau et, comme mes guides avaient perdu mes sandales, je le suivis, pieds nus sur le sol pierreux. Physiquement, je l’avoue, ce fut le moment le plus dur de ma fuite.

Oui, même notre unique chameau voulut nous laisser en panne. S’étant blessé au pied de devant et s’étant, en outre, heurté violemment à une pierre pointue, le pauvre animal pouvait à peine marcher. Je me vis forcé de sacrifier ma ceinture de laine; j’en fis une sorte de chausson que je mis au chameau; chaque jour il fallait renouveler le bandage. Ce procédé est utilisé par les tribus du nord du Darfour qui emploient non de la laine mais du cuir; j’étais heureux, en cet instant, de connaître ce fait.

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Enfin! le samedi 16 mars, comme nous descendions des hauteurs, j’aperçus, au lever du soleil, le Nil et, là-bas, sur ses bords..... Assouan!

Comment décrire les sentiments de joie qui s’emparèrent alors de moi!

Mes souffrances avaient pris fin! J’étais sauvé de ces mains fanatiques, barbares; mes yeux voyaient pour la première fois, et depuis de si longues années, une ville habitée par des hommes civilisés, dans un royaume administré par son possesseur légalement et justement!