«Le jour de mon arrivée, lui répondis-je, tu recevras 120 écus Marie-Thérèse et en outre un cadeau dont l’importance variera selon la façon dont tu auras rempli ta mission.»
«Accepté, reprit-il en me tendant la main. Dieu et son Prophète peuvent témoigner que j’ai confiance en toi. Je connais votre race, un blanc ne ment jamais! A travers des montagnes qui n’ont jamais été foulées par le pas de l’homme, n’ayant que les oiseaux comme témoins de notre course, je te conduirai vers les tiens. Sois prêt; à la tombée de la nuit, nous partirons.»
Je gardai le plus vigoureux des trois chameaux et pris deux outres pleines d’eau ainsi que la plus grande partie des dattes et quelques galettes de doura.
A peine le soleil fut-il couché que Hamed Garhosh parut. Son fils s’étant rendu dans le district de Roubatat, avec le seul chameau qu’il possédait, pour chercher du blé, Garhosh était ainsi obligé d’aller à pied. Le chemin étant surtout montueux et le chameau ne pouvant trotter, je m’inquiétai assez peu de ce fait, pourvu que mon guide eût bonne volonté et bon jarret. En peu de mots, je pris congé d’Ibrahim et de Yacoub; enchantés mutuellement de nous séparer les uns des autres.
Il fallut deux jours de marche à travers des monts dénudés et des collines pierreuses séparées par quelques petits espaces sablonneux pour atteindre, le dimanche matin, un vieux puits, nommé Shof Aïn. Quoique persuadé qu’il n’était pas fréquenté, je préférai attendre mon guide à environ une lieue de là.
Notre nourriture se composait de dattes et de pain, si j’ose l’appeler ainsi, que nous avions cuit nous-mêmes; car, quoique Garhosh se vantât d’être passé maître dans son art, nos boulangers auraient hésité à reconnaître pour du pain cette pâte brune, dure et sans goût.
Pour le préparer, mon guide entassa quelques pierres de la grosseur d’un œuf de pigeon et plaça sur ce foyer primitif du bois sec. Ensuite, il pétrit de la farine de doura avec de l’eau dans un plat des plus primitifs également. Au moyen d’une pierre à feu et avec de l’amadou, il alluma son tas de bois. Celui-ci, une fois consumé fut retiré et sur les pierres devenues brûlantes, Hamed répandit sa bouillie qu’il couvrit avec la braise. Quelques minutes après, il me présentait ce qu’il venait de fabriquer, un produit dur comme une planche qu’il débarrassa de la cendre et des pierres au moyen d’un petit bâton.... N’importe, nous le mangeâmes de bon appétit, presque avec plaisir, ce qui confirme une fois de plus que la faim est le meilleur cuisinier.
Nous jugeâmes notre repos suffisant et, quelques heures après avoir quitté le puits, nous abordâmes la première montagne de l’Etbai.
Cette chaîne de montagnes située entre la Mer Rouge et le Nil est habitée dans sa partie méridionale par les Arabes Bicharia et les Arabes Amrab; au nord, par la tribu des Ababda. Entre ces monts élevés, noirs, parfois coupés à pic, sans végétation, courent de larges vallées où croissent en abondance des arbres et dans lesquelles ces tribus font paître leurs troupeaux de chameaux.